Une petite armée pour lutter contre le dopage

La cellule antidopage de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) est souvent montrée comme modèle d’organisation des contrôles dits «intelligents», une excellence nécessaire dans un sport à la population hétérogène, disséminée dans le monde entier.
A Monaco, au siège de l’IAAF, ils sont aujourd’hui onze permanents, contre  cinq en 2003, occupés à traquer les tricheurs, sous la direction du Dr Gabriel  Dollé. Soit, dit-il, «le service antidopage le plus fourni d’une Fédération internationale», assisté d’une commission d’une quinzaine d’experts, tous par  ailleurs médecins, scientifiques ou directeurs de laboratoires.
En même temps que l’effectif salarié, le budget des seuls contrôles a très  sensiblement augmenté, passant de 1,7 (1,25) à 2,6 millions de dollars (1,9 M  d’euros) durant la même période.
Car la tâche est démesurée. Par comparaison, le "groupe cible" de l’IAAF, soumis aux contrôles inopinés, comprend environ 700 athlètes -sélectionnés chaque année en fonction des résultats mais également des suspicions de dopage-, quand celui de la Fédération internationale de cyclisme (UCI) en compte dix fois moins.
Sept cents individus qu’il faut localiser au jour le jour et soumettre régulièrement au screening, ces prises de sang de surveillance qui sont l’un  des piliers de la politique antidopage de l’IAAF.
Ce suivi géographique, du Kenya au fin fond de la Russie ou de l’Amérique du Sud (une particularité contraignante de l’athlétisme), occupe deux personnes. Elles sont responsables de la collecte, chaque trimestre, des formulaires recensant le programme quotidien à venir de chacun des 700 athlètes, puis disponibles 24 heures sur 24 pour enregistrer les éventuels changements.
«C’est une tâche indispensable pour le programme de contrôles hors compétition», note le Dr Dollé dont les troupes «ne laissent passer aucun manquement», absence de réponse ou contrôle manqué.
Une fois les lieux d’entraînement et de villégiature connus, deux autres agents pilotent les contrôles antidopage, l’une en compétition, l’autre hors compétition sur le groupe cible. Puis deux autres encore gèrent les résultats.
Mais les contrôles classiques n’assurent pas, à eux seuls, la qualité d’une  politique antidopage. Depuis la mise au point du test EPO, en 2000, l’IAAF a  abondamment recours, en amont, à une surveillance des paramètres sanguins dont  une variation pourrait indiquer un dopage sanguin.
«Ce screening n’est pas un suivi biologique, indique Gabriel Dollé qui  dirige par ailleurs un médecin et une pharmacologue. Tout ce qui est  surveillance médicale est du ressort des fédérations nationales. Nous, nous le faisons strictement dans un objectif de détection du dopage».
Certains athlètes sont donc soumis à ces prises de sang dont les résultats anormaux vont provoquer un contrôle classique, urinaire pour l’EPO ou sanguin pour les transfusions et les hémoglobines de synthèse. Un processus de ciblage,  aussi nommé "contrôle intelligent", qui devient la norme dans la plupart des  grandes fédérations.
Mais à la différence de ses homologues du ski ou du cyclisme, l’IAAF ne  peut prononcer d’interdiction de départ -ou «no start»- au vu de valeurs hématologiques anarchiques. «Notre population d’athlètes est très différente, plus nombreuse, plus hétérogène en matière d’origines ethniques ou de mode de  vie», estime le Dr Dollé. Standardiser les données pour déboucher sur des interdictions de départ n’est pas à l’ordre du jour.

• Françoise Chaptal (AFP)

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