Embrayage : Renault-Nissan et sa voiture électrique «made in Israël»

Dans un récent colloque universitaire tenu à Fontainebleau, Carlos Ghosn a estimé le «potentiel» mondial pour les véhicules électriques à environ 10 millions d’unités. C’est un marché «énorme», a-t-il dit, alors qu’il n’y a «pas d’offre» suffisante. Bien évidemment, derrière cette forte demande, qui se profile –mais qui n’en est même pas encore à son éclosion–, il y a surtout l’envolée des cours du pétrole, plutôt que des inquiétudes relatives au réchauffement climatique.
Pourquoi parle-t-on de M. Ghosn ? Parce que le groupe dont il a les destinées s’est lancé dans la production de véhicules électriques pour le marché de masse et ce, dès l’échéance 2010-2012. Jusqu’ici tout est bien et rien ne peut être assujetti au débat. Sauf que ces véhicules électriques, c’est en partie (environ 100.000 unités/an) en Israël que Renault-Nissan va les produire. L’alliance automobile franco-japonaise a en effet signé en février dernier un accord avec le gouvernement hébreu pour fournir, dès 2010 et pendant les dix prochaines années, une version électrique de plusieurs de ses modèles à un prix équivalent à celui des voitures essence.
Puis, la semaine dernière, lors d’une autre rencontre, mais cette fois avec la presse et au Portugal, M. Ghosn a affirmé être en négociation avec l’un des pays du Golfe pour y vendre ses futures voitures électriques, mais n’a pas voulu en dévoiler le nom. A quoi veut-en venir ? Pas grand-chose en fait, si ce n’est de faire la lumière sur les difficultés que risque d’avoir Renault-Nissan pour écouler ses engins électriques dans ladite région. Pourquoi des difficultés ? D’abord, parce que la plupart des pays sont de gros producteurs de pétrole et ont donc un lobby à défendre face à la promotion de l’automobile électrique. Mais encore et surtout pour les considérations politiques que tout le monde sait.
Car, si au Maroc les consommateurs n’ont rien contre les Israéliens et les produits qu’ils fabriquent et exportent dans le Golfe, beaucoup de gens vous diront qu’il ne fait pas très bon de consommer tout ce qui est «made in Israël». Là-bas, ces Arabes ont un peu cette même attitude arrogante, bête et méchante qu’a l’Algérie envers la Logan «made in Morocco» et qui est de boycotter les produits venant d’un pays dont les relations ne sont pas vraiment au beau fixe. Le Pdg de l’Alliance et son staff de conseillers auraient peut-être pu et dû se tourner vers un autre pays de la région pour un tel projet industriel, si important et si porteur.
Moralité de l’histoire : même les plus brillants des grands patrons ne font pas toujours les choix les plus pertinents. Mais pour ceux (les choix) de M. Ghosn, ce ne sera pas à nous de les qualifier en tant que tel, mais plutôt au temps de le dire.

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