Une leçon suisse

Et comme le disait Matthieu sur Jésus face à l’incrédulité des habitants de Nazareth «il ne fit pas là beaucoup de miracles». Celui qui aspire à être porte-parole des musulmans d’Europe est comme sans voix face à ce résultat d’un référendum sur les minarets qu’il considère comme «une catastrophe».  
Tout aussi catastrophées sont les réactions dans le monde musulman. Certes, ce vote, j’y reviendrais, dit à voix haute ce qui se murmure certainement ailleurs. Certes, il présente une aubaine pour les extrêmes droites européennes et embarrasse particulièrement les classes politiques. Il demeure un vote dans un pays qui a une culture référendaire quasi industrielle. Ce n’est donc pas la guerre de Kappel 1. Que le monde musulman s’en offusque, verse dans le désir de riposte, dans l’anathème et dans la généralisation abusive, c’est tout de même un peu excessif. Faut-il rappeler que le jour même de la votation suisse, dans une autre ville, symbole de l’Europe, qui héberge ses plus prestigieuses institutions dont la Cour européenne  des droits de l’Homme, la communauté musulmane de Strasbourg, en présence de dignitaires, des responsables politiques, coiffa sa mosquée d’un dôme avec la promesse, par le maire Roland Ries, de la doter de minaret. Les Alsaciens seraient-ils pour autant moins sourcilleux sur leur identité qui est notoirement forte! Loin de là. Les musulmans auraient tort, comme à leur habitude, de faire dans l’affectif.
C’est plutôt l’occasion de s’interroger sur l’image de leur religion et la représentation qu’elle dégage comme porteuse d’une vision politique meurtrière confortée en cela par une actualité de tous les jours en Afghanistan, au Soudan ou ailleurs. C’est le débat sur l’identité en France qui souffrira, de manière collatérale, de cette votation. Elle le polluera. Quant à l’identité suisse, en dehors de la prospérité, l’ONU et Calvin, elle se définit par son flegme et sa ponctualité, le goût du travail précis et le chocolat, sa neutralité et la discrétion. La levée du secret bancaire menace l’identité suisse plus que les 4% de musulmans qui vivent dans la Confédération.
Enfin, ce vote pose la question de l’usage des outils de la démocratie sur des sujets complexes. L’identité, c’est de la nitroglycérine. Il est risqué et dangereux de manier l’outil référendaire sur des questions qui concernent les minorités. La démocratie en devient instrumentalisée au détriment des minoritaires surtout quand il s’agit de questions sensibles et qui sont presque de l’ordre de l’inavouable. La force d’une démocratie se mesure par la protection de ses minorités.

1 Première guerre de religion en Europe qui
 se produit justement en Suisse entre Catholiques et Protestants de 1529 à 1531.

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