A la une : Izediou : «libérer le corps pour la danse»

A la une : Izediou : «libérer le corps pour la danse»

ALM : D’où est née l’initiative de créer les premières Rencontres chorégraphiques à Marrakech ?
Taoufiq Izediou : Créer ces Rencontres chorégraphiques est mon initiative et celle de ma compagnie d’arts chorégraphiques Anania. On avait du mal à monter nos spectacles de danses et à trouver des producteurs pour nos créations. On avait l’habitude d’organiser des spectacles dans les Instituts français depuis plusieurs années déjà. Mais c’était assez restreint. A un certain moment, nous nous sommes rendu compte qu’il fallait qu’on pense à notre public et qu’il fallait élargir notre cible.
Nous avons voulu nous ouvrir davantage au spectateur car le public marocain est très peu au courant des nouveautés de l’univers de la danse contemporaine dans le pays. L’idée, c’était de créer une véritable plate-forme de danse contemporaine constituée d’artistes marocains d’ici et d’ailleurs. C’est ainsi que nous avons décidé de donner naissance à cet événement, une sorte de festivals de danse contemporaine. Nous avons ainsi contacté la Maison de la culture de Marrakech qui a adhéré à l’idée. En plus des spectacles, nous avons prévu des rencontres-débats sur l’art chorégraphique au Maroc pour que les artistes puissent s’exprimer sur leurs expériences et sur leurs préoccupations.

Pourquoi, selon vous, la danse contemporaine n’a pas pu prendre son véritable envol au Maroc ?
Le mouvement de la danse contemporaine au Maroc se limite, en effet, à quelques actions éparpillées. Cet art n’a pas encore pu prendre son envol, car il est encore considéré comme étant tabou. Très peu de gens osent adhérer à cet art. La danse contemporaine touche au corps, donc systématiquement l’adhésion à cet art est un peu limitée. Je pense personnellement qu’il faut être très intelligent pour communiquer avec cet art. Aussi les artistes doivent aller doucement dans leurs créations, pour que les spectateurs apprennent petit à petit la tradition de cet art. Au sein de notre compagnie, nous avions fait l’expérience avec certains jeunes  lors d’une formation à l’Institut français
de Marrakech. On essayait de leur apprendre les B.A-BA de la danse contemporaine au Maroc. C’est avec la formation qu’on arrivera à diffuser l’art contemporain et à le généraliser. Ces rencontres que nous organisons à Marrakech constituent aussi de leur part un pas vers la diffusion de la danse contemporaine. Dans le sens de l’universalité. 

Comment avez-vous fait la sélection des chorégraphes de cette manifestation ?
Ce n’était pas une sélection. Nous avons essayé d’aller à la rencontre de tous les chorégraphes marocains qui sont actifs ici et ailleurs. Nous avons eu recours à nos contacts personnels pour mettre en place le plateau artistique de ces premières rencontres. Nous n’avons pas voulu écarter des artistes au profit d’autres. Au contraire, nous avons fait de notre mieux pour regrouper toutes les compétences. Le but, c’est en effet de proposer un éventail de danseurs contemporains qui sont actifs et créatifs. Nous avons contacté également Lahcen Zinoun qui est un danseur pionnier. Mais malheureusement, il nous a déclaré que son planning était trop chargé et il n’a pas pu être au rendez-vous.

Ces rencontres sont nées d’une initiative personnelle, comment vous êtes- vous organisé pour financer cet événement ?
Dès le départ, nous avons été clair avec les artistes participants. Nous leur avons spécifié qu’ils n’allaient pas être payés pour leurs prestations. Les artistes n’ont touché aucun centime pour leurs spectacles, ils ont accepté de jouer gratuitement. Tous les artistes étaient d’accord et n’ont pas opposé de réticences à ce sujet. C’était la seule manière pour pouvoir monter ces rencontres. Pour ce qui est des autres frais, nous avons fait intervenir nos connaissances et nous avons été aidés par la Maison de la culture elle-même. Cette institution de l’Etat nous a offert  le logement pour les artistes. Nous avons contacté certaines personnes qui ont offert aussi la nourriture pour les artistes. C’est ainsi que nous avons pu gérer le côté financier de cette manifestation. Ceci sans parler de l’argent que la compagnie a dépensé pour louer des matériels nécessaires pour les spectacles tels que les projecteurs. La salle n’étant pas assez bien équipée, nous avons dû nous débrouiller.

Croyez-vous à la pérennité de ces Rencontres chorégraphiques ?
Nous espérons que ces rencontres puissent se dérouler annuellement. Plus qu’un événement national, nous voulons lui donner une portée internationale en invitant des chorégraphes étrangers pour apporter un plus. Nous sommes à un jour de la fin de ces rencontres et déjà le public a été assez réceptif. Pour l’année prochaine, nous allons essayer de faire intervenir d’autres acteurs de la société.

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