Abdelkebir Rgagna, la passion à l’oeuvre

De sa carrière professionnelle, Abdelkebir Rgagna parle avec un ton étrange, mariant à la fois fierté et déception. Présent sur la scène artistique nationale depuis l’année 1985, il a joué dans plusieurs productions, sans pour autant arriver à marquer vraiment son territoire. Même sa récente grande distinction lors de la dernière édition du Festival national du théâtre, tenue fin 2004, à Meknès, n’a été que peu médiatisée. Au grand dam de celui qui a décroché, haut la main, le Prix du meilleur acteur marocain à l’année dernière. « Le rôle des médias est très important quant à la promotion d’un acteur quelconque ! », dit-il, aujourd’hui, avec une voix sereine. Calmement, Abdelkebir Rgagna ajoute qu’il n’a pas reçu sa part du très lorgné gâteau de la célébrité après une carrière de plus de 20 ans : « Je ne ménage aucun effort pour être présent d’une manière continue sur notre scène artistique. Mais, en vain. Certes, les gens me reconnaissent dans la rue, mais ce n’est pas assez ».
Ce comédien, natif de la ville de Salé, n’est pas de ceux qui posent les jalons du problème sans en développer les tenants et les aboutissants. Sans barguigner, Abdelkebir Rgagna avoue qu’au cinéma, les producteurs et les réalisateurs frappent toujours à la porte des mêmes actrices et acteurs. « Ils persistent à servir au public marocain un septième art qui présente et représente, pour la énième fois, les mêmes visages», ajoute-t-il. Et sans tourner autour du pot, Abdelkebir Rgagna parle, en long et en large, de ce cercle très réduit de producteurs et réalisateurs favorisant certains acteurs au détriment  d’autres, de ses pratiques peu orthodoxes et du phénomène du clanisme qui sévit, de plus en plus, dans la sphère du septième art. Avec la même franchise, il n’hésite pas à lier la cadence de l’évolution de ces pratiques au rythme du développement de la production  marocaine en matière de fiction. Et même en étant presque convaincu à 100 % que pour mener une carrière dans ce domaine, il faut compter sur d’autres choses que les capacités artistiques, Abdelkebir Rgagna ne baisse pas les bras. La semaine prochaine et sur les ondes de la première chaîne de télévision nationale, TVM, il apparaîtra dans un récent téléfilm du réalisateur Abderrahman Mouline. À côté de la jeune comédienne Nisrine Cherkaoui, il interprète le personnage central dans « La Couturière ». Il vient également de jouer dans deux nouveaux feuilletons. Il s’agit précisément de «Maria » de la réalisatrice Leïla Triki et de
«Khaït A-Rajâa» de Mohamed Menkhar. La diffusion de ces deux fictions est prévue prochainement, à la TVM. Mais là où Abdelkebir Rgagna donne la pleine mesure à son talent, c’est au théâtre. Il se penche actuellement sur trois nouveaux projets de pièces théâtrales : « Planète Mecano » de la grande Touria Jabrane, «La valise du défunt » de la troupe  «Ahat A-nass » et « Le tribunal des animaux ». Cette dernière pièce théâtrale sera mise en scène par lui-même. Il faut dire que ce n’est pas la première fois qu’il touche à cet art. Il s’est déjà essayé à la mise en scène de plusieurs pièces théâtrales, notamment « Al-Waziâ » et « Hadak Temma ».
Dans « Le tribunal des animaux», Abdelkebir Rgagna compte faire apprendre aux enfants le respect de la nature et de l’environnement, à l’aide d’une manière ludique.
Toujours dans le théâtre, il s’apprête à entamer, du mois prochain, une tournée avec « Bladi, mon pays ». En Egypte d’abord, puis aux Pays-Bas, cette pièce théâtrale avait été représentée auparavant en Espagne. Avec deux acteurs seulement, Abdelkebir Rgagna dans le rôle de « Abdelkader » et Said Baye dans le rôle « d’Abou-Bakr », « Bladi, mon pays » a été applaudi ici et ailleurs. Cette pièce théâtrale qui dure près d’une heure et demie a été mise en scène par Driss Roukh. Quand il parle du succès qu’a rencontré « Bladi, mon pays », Abdelkebir Rgagna évoque également toute la souffrance qu’il a enduré en interprétant le rôle de « Abdelkader ».  En fait, il avait fait un accident, en août dernier, dans la région de Moulay Driss Zarhoun, près de Fès. Jusqu’à aujourd’hui, il a du mal à marcher plus d’une demi-heure sans sentir des douleurs au niveau de ses deux pieds. « Avant de monter sur scène, je prends systématiquement des calmants et des vitamines. Sinon, je ne pourrais pas tenir, surtout que dans « Bladi, mon pays », il n’y a que deux acteurs ! », dit-il tout en souriant. En  brûlant les planches, Abdelkebir Rgagna  prouve, à lui-même et à son public, l’ardeur de sa passion. 

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