Cinéma : des enfants dans la cour des grands

Cinéma : des enfants dans la cour des grands

Les adultes ne sont pas les seuls à faire les stars. Pour confectionner un film, le réalisateur a recours à plusieurs types de personnages, de caractère et d’âge différents. Si un acteur adulte est le plus souvent appelé pour son professionnalisme et pour doter l’œuvre d’une renommée certaine, l’enfant est quant à lui sollicité pour sa spontanéité. Un ingrédient majeur et les cinéastes marocains commencent à le réaliser. Il suffit de regarder les dernières productions en matière de cinéma et de télévision pour vérifier cette thèse. Le dernier film de Jamal Belmejdoub «Moroccan Dream», projeté actuellement dans les salles, en est un pur exemple. Des dizaines d’enfants ont joué dans ce film. Adam Belmejdoub, le fils du réalisateur, fait partie du lot. Rencontré par ALM, Adam, 11 printemps à peine, raconte cette expérience du mieux qu’il peut avec des termes simples. «J’ai beaucoup apprécié mon personnage, parce que j’avais un des rôles les plus importants dans le film, l’ambiance du tournage était agréable», a-t-il déclaré d’une manière entrecoupée. Pour illustrer davantage ses propos, sa mère explique qu’il y avait une certaine complicité entre lui et Rachid El Ouali. «Le courant est très vite passé entre eux, c’est comme s’ils avaient l’habitude de travailler ensemble depuis longtemps et cela s’est reflété à l’écran», a-t-elle confié à ALM.
En campant le personnage d’enfant de village, Adam enregistre sa quatrième participation dans l’univers du son et de l’image. La première fois, Adam était âgé de deux ans. Il a fait une apparition dans un film anglais d’Alexandre Aja tourné à El Jadida. Par la suite, il va jouer dans une publicité d’un opérateur téléphonique de la place. Comme tout travail, celui d’un comédien doit être payé. Dans «Moroccan Dream», pour sept jours de tournage, Adam a reçu 6000 DH. Cet argent n’a pas été dépensé puisqu’il a été mis, selon les dires de ses parents, dans un compte épargne. Question d’économiser pour assurer son avenir.   
Abdesslam Ismail, le fils du réalisateur Mohamed Ismail, fait aussi du cinéma son passe-temps favori. Plongé depuis sa naissance dans l’univers du cinéma, il a été contaminé par la fièvre de l’écran. Avant de jouer au cinéma pour la première fois dans le film  de son père «Ici et là», Abdesslam a débuté dans la publicité. «J’avais six ans quand j’ai joué dans une publicité dont je ne me rappelle pas très bien aujourd’hui», raconte timidement Abdesslam. Par la suite, le réalisateur à la quatrième chaîne marocaine Raouf Sebbahi, lui, a proposé de jouer dans son court-métrage qu’il préparait dans le cadre de son mémoire de fin d’études. Mais la fierté de Abdesslam est bel et bien : le téléfilm «Pardon Papa» où il a interprété le personnage d’un fils issu du mariage mixte. Il a joué aux côtés de l’actrice Souad Amidou. «C’était une expérience très enrichissante et j’ai senti mon importance».
A l’instar des autres enfants acteurs, Abdesslam perçoit cette expérience comme étant un divertissement. «j’ai à peine quatorze ans et je dois terminer d’abord mes études». Côté cachet d’acteur, Abdesslam Ismail déclare que son père ne le paie pas en argent liquide. «Il préfère m’acheter des habits ou d’autres choses immatérielles». Il avoue néanmoins qu’il aurait préféré de l’argent. Et pour en faire quoi ? «Acheter une moto». Abdesslam sait ce qu’il veut, mais pour son avenir, il n’est pas encore sûr qu’il fera du cinéma sa carrière. Cette année, cet acteur en herbe prépare son brevet à la mission française.
Donc cela deviendra de plus en plus difficile d’accepter des rôles que ce soit à la télévision ou au cinéma. Même son de cloche du côté de Jihane Kamal. Depuis qu’elle avait quatorze ans, elle est au chevet de son père Kamal Kamal. Il n’y a pas une production où elle n’a pas joué. Sauf le dernier téléfilm en montage actuellement : «Regraguia». La raison de son absence dans ce film est simple. «Jihane prépare son Bac, il n’est pas question qu’elle se déconcentre dans ses études». Jihane en est consciente. «Le Bac, c’est sérieux, je dois m’y consacrer entièrement, et pour cette raison j’observe une pause cette année». La fille de Kamal Kamal, qui a appris les ficelles  du métier à travers le théâtre et aux conseils de son père, est entrée dans le monde du cinéma alors qu ‘elle avait douze ans.
C’était dans le film «Taief Nizar» de Kamal Kamal. Par la suite, elle va jouer dans le second long-métrage de son père «La symphonie marocaine». «J’avais un des rôles majeurs dans ce film et j’en suis fière». Si son père se veut assez sévère avec elle pendant le tournage, il ne l’est pas quand il s’agit de la payer. En contrepartie de sa prestation, Jihane a reçu un montant de 15.000 DH. Une somme qui lui a servi à acheter un piano. «En plus du théâtre et du cinéma, j’aime aussi la musique». Une fois son Bac en poche, Jihane compte poursuivre ses études dans une école des métiers du cinéma en Angleterre.
Rim Amzil est aussi un visage jeune du petit et du grand écran. Son père Abdelilah Amzil, chargé de production à 2M, est fière de sa fille.  Cette dernière a joué elle aussi dans «Pardon Papa» de Majid Lahcen et le feuileton syrien «Al Marikoun» diffusé sur MBC pour ne citer que ceux là. Il l’a considère déjà comme une star. Contacté par ALM, il a l’air d’être beaucoup plus motivé que Rim. D’une voix très émue, il précise «La première fois qu’elle a fait son apparition sur le petit écran c’était le jour de sa naissance. La mère de Rim est journaliste et le jour de la naissance de notre fille, les spectateurs l’ont vue sur le petit écran». Une façon de dire que c’était sa destinée. Rim quant à elle ne partage pas vraiment cet avis puisque pour l’instant elle perçoit cela comme étant une distraction. «C’est un passe-temps, je le fais avec plaisir, mais pour l’instant je ne crois pas que je vais en faire ma carrière».
Contacté par ALM, le directeur du Centre cinématographique marocain, Nourredine Sail, a déclaré qu’il n’est pas contre le jeu des enfants au cinéma à partir du moment que cela se fait en respect de la réglementation internationale sur le travail des enfants.

Hicham Moussoune : Ali Zaoua renaît
En évoquant la question des enfants acteurs, le nom du héros de  Ali Zaoua vient forcément à l’esprit. Hicham Moussoune est le protagoniste numéro 1 de ce long-métrage de Nabyl Ayouch réalisé en 2001. Le réalisateur l’avait rencontré par le biais d’une association à Casablanca. «Hicham était pris en charge pendant quelques-temps par l’association Bayti, en se renseignant, Nabyl Ayouch a découvert qu’il n’était pas complètement orphelin c’est ainsi qu’il a pris contact avec moi» déclare Mohamed Moussoune le père de Hicham Moussoune. C’est de cette manière que ce jeune âgé de 10 ans à l’époque entre par la grande porte dans l’univers du cinéma. Un contrat d’exclusivité sera signé avec l’agence de production du réalisateur. «Hicham était obligé de respecter les clauses de ce contrat et ne pouvait pas de ce fait accepter d’autres propositions que ce soit au cinéma ou à la télévision jusqu’à l’âge de 18 ans», explique Mohamed Moussoune. Après son expérience dans Ali Zaoua, Hicham a fait partie du casting de la sitcom Lalla Fatema réalisée et produite par le même Ayouch.
Aujourd’hui, Hicham Moussoune a grandi. A 19 ans, il dirige actuellement une troupe de théâtre amateur intitulée «Khit ou Mekhiet» et vient de commencer la tournée il y a plusieurs mois dans la région Nord du Maroc. L’étape actuelle est Tanger. «Hicham essaie de frapper à toutes les portes pour trouver du financement pour sa tournée, il se bat pour s’imposer», confie son  père à ALM. Ce dernier a précisé que la prestation de son fils dans Ali Zaoua lui a valu  un cachet de 70.000 DH. 

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