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Lenny Kravitz : «Let love rule»
Quand Lenny Kravitz publie ce premier album en 1989, il a, pourrait-on dire, deux obsessions: les Beatles (John Lennon en particulier) et Jimi Hendrix. Des premiers, il sait capter le sens inné de la mélodie qui fait mouche. Des harmonies vocales. Du dépouillement parfois aussi, lorsque ne subsiste qu’une lourde batterie pour tenir la voix, avec un brin d’orgue, trois fois rien de guitare, et le refrain qui rentre dans la tête. ça donne la chanson-titre "Let Love Rule" un modèle du genre. "My Precious Love" dispense aussi cette même tension proche de Lennon, avec le vocal plongé dans l’écho. L’idée de Kravitz est que tout cela mérite un peu de soul. Il va parsemer les arrangements de solides brassées de cuivres, et de choeurs dignes des maîtres de la catégorie. Mais il est ici temps de le révéler : cet univers que le chanteur-guitariste crée, c’est celui qui le hante, il sera donc pratiquement le seul à pouvoir le faire naître sur disque. Kravitz joue tous les instruments ! A l’exception du saxophone (fort bien tenu par Karl Denson), de cet orgue superbe (Henry Hirsh) et des cordes, violon et violoncelle. Sinon, l’homme tient la rythmique et le reste, avec cette guitare qui transcende les couplets, les menant au septième ciel d’une «wah-wah experte». Le groove Funky est déjà là, poussé par un instinct rock’n’roll ("Fear") et toujours une capacité à tisser des thèmes repérables à la première écoute. Une heure de bonheur inoxydable.


Akhenaton : «Métèque et mat»
Après deux albums au sein du groupe IAM, le rappeur Akhenaton livre en 1995 un album solo riche et introspectif. Enregistré à Naples, d’où est originaire la famille de Philippe Fragione (son vrai nom), et mixé à Capri, Métèque et Mat est une œuvre essentiellement autobiographique, qui met l’accent sur l’ascendance italienne (du Sud) et la filiation spirituelle de l’artiste marseillais. Reposant sur ses croyances religieuses (Akhenaton est converti à l’Islam) et sur une culture supérieure à la moyenne de ses pairs, le leader d’IAM «se fend» de titres mystiques, comme "Prométhée", mais n’en oublie pas pour autant de garder les pieds sur terre. Le racisme de ses compatriotes (FN et Ligue lombarde notamment), le leurre américain et l’incompétence de certains fonctionnaires sont ainsi pourfendus dans un mélange de colère et d’humour. Mais c’est le single tonique "Bad boys de Marseille" (avec la Fonky Family) qui fera de ce disque très personnel un succès public.


D’Angelo : «Brown Sugar»
Avant que la maison-mère britannique ne décide de fermer boutique aux Etats- Unis et de transférer certains des artistes vers sa filiale Virgin, EMI USA avait recruté quelques artistes pleins de potentiels. Aux côtés de rappeurs comme Channel Live et dans un registre connexe à la soul et au R&B, D’Angelo était de ceux-là. Brown Sugar sort en 1995 et impose ce jeune pianiste autodidacte de 21 ans comme une bouffée d’oxygène dans une scène R&B sclérosée par trop de penchants pour la facilité commerciale. Des titres de la trempe de "Brown Sugar" ou "Lady" lui ont permis de s’attirer autant les faveurs du grand public que de la critique la plus exigeante ou des amoureux de certaines de ses influences comme Stevie Wonder, Marvin Gaye, Al Green, Ohio Players ou Prince.


Bisso Na Bisso : «racines…»
L’idée était venue à Passi, l’un des rappeurs de «Ministère Amer», de réunir ses compatriotes rappeurs d’origine congolaise, comme lui, sur un titre de son album solo. Les problèmes de contrat ayant empêché la publication de cette chanson n’altèrent en rien l’alchimie constatée, Passi réussit son entreprise au-delà de ses espérances quand l’album «Racines…» devint l’un des plus gros succès rap de 1999. Avec les jumeaux des 2 Bal, Mystik, les frères Lino et Calbo d’Arsenik, Ben-J des Neg’ Marrons et M’Passi de Melgroove, le Bisso Na Bisso de Passi inventait un langage consensuel réunissant dans une même ferveur les anciens et les jeunes, les rappeurs et les grands noms de la musique afro-antillaise. Les tubes "Tata N’Zambé" et "Bisso Na Bisso", les adaptations de chansons marquantes d’Afrique francophone comme "Liberté", la présence d’invités prestigieux (Papa Wemba, Ismael Lo,Koffi Olomide, Jacob Desvarieux…), tout cela forme un cocktail chaleureux démontrant la pérennité des racines africaines dans le rap parisien du moment.

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