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Anthony Braxton : For Alto
Ce disque, originellement sorti sous forme de double LP en 1968, fut le premier entièrement consacré à la pratique du saxophone en solo, sans re-recording. On connaissait bien alors quelques échappées solitaires signées par Sonny Rollins, Lee Konitz, Eric Dolphy, voire Coleman Hawkins, mais celles-ci n’excédaient pas quelques minutes alors qu’ici l’heure est largement dépassée. À projet unique et ambitieux, motivations singulières (l’anecdote a été à maintes reprises rapportée). Braxton raconte : « Il était minuit et j’étais complètement déprimé. J’ai pris mon magnétophone. Je pensais à me tuer. Je me suis dit : non, je ne vais pas me tuer, je vais faire un peu de musique ». Ses pièces sont dédiées, entre autres, au compositeur contemporain John Cage et à quelques musiciens de free, dont le pianiste Cecil Taylor et le violoniste Leroy Jenkins, comme Braxton, membre de l’AACM. D’un morceau à l’autre, les ambiances varient considérablement : free et débridées, plus classiquement "parkeriennes" ou contemplatives et propices à la méditation (comme sur l’envoûtant et minimal "Dedicated To Ann And Peter Allen"). Braxton travaille le son, sollicitant toutes les possibilités que lui offre le saxophone, du bruit des clés au sifflement des anches. Indispensable, cet enregistrement a influencé tous les souffleurs, de Julius Hemphill à Louis Sclavis, qui se sont après lui livrés à cet exercice.


Yannick Noah : Yannick Noah
Il y a bien une vie après le tennis. La preuve : chez Yannick Noah, le sens de la fête est une seconde nature et il semble que l’on entende résonner encore sa festive et légendaire "Saga Africa". Ce titre, resté étroitement associé à la victoire de la coupe Davis, a également révélé une autre facette de Noah. 10 années se sont écoulées depuis sans qu’il ait renoué avec le succès musical. Pourtant, ce second album taillé sur mesure pour l’ex-capitaine de l’équipe de France marque son entrée définitive dans le monde de la chanson. Composé par Jean-Jacques Goldman ("Ni divin ni chien") et J. Kapler (l’auteur d’"Aller plus haut" interprété par Tina Arena), ce second opus, intitulé tout simplement Y.N., pérennise la tradition des chants africains ("No Mèlène Me Ziga Nda", "Madingwa"). L’occasion pour l’artiste de renouer avec ses racines ("Écoute"). Un véritable hommage rendu à ses ancêtres ("Si mon papa Tara") et à cette terre qui certes ne l’a pas vu naître mais à laquelle il est très attaché.


Radiohead : ok computer
Une simple écoute de Ok Computer suffit à justifier les éloges qui ont déferlé sur Radiohead à la sortie de ce deuxième album. Le groupe signe une œuvre ambitieuse, magistrale et qui n’a pas fini d’influencer les nouveaux venus. Les Anglais tourmentés parviennent à concilier rock progressif, voire symphonique, et absence totale de boursouflure. "Paranoid Android" illustre bien ce tour de force. La chanson se déroule en mouvements, passe de la colère à la sobriété acoustique, soutenue par des chœurs fantomatiques, dominée par le timbre délicat mais puissant de Yorke, tapissée de riffs de guitares et de bruitages synthétiques. Même manipulation de climats pour "Exit Music (For A Film)" qui commence avec le seul chant écorché de Thom Yorke sur fond de guitare, puis culmine en une explosion maniaque avant de retomber dans la noirceur dépouillée du début. On sort de cet album le souffle coupé par tant d’intensité, à la fois soulagé que ce soit terminé et impatient d’y revenir.


Saint Etienne : Finisterre
Avec Finisterre, plus que jamais pop et electronica font partie du même monde. En effet, les Saint Etienne continuent à exploiter ce mariage d’où ils tirent leur style. Ainsi, on retrouve sur ce troisième opus, une série de ballades gaies et acidulées où piano, guitare sèche, flûte à bec et traversière donnent la réplique à différentes séquences de programmation, le tout agrémenté, à l’occasion, de quelques arrangements de cordes. Entre Goldfrapp et Morcheeba, la voix soyeuse de Sarah Cracknell, la chanteuse, glisse donc dans vos oreilles sur le tempo lent de mélodies douces et colorées. Mais rassurez-vous, l’effet soporifique est évité puisque le groupe a pris soin d’ajouter quelques titres dance aux rythmiques parfois club, qui ne sont pas sans rappeler Royksopp (cf "Shower") ou même Madonna (cf "Action", "New Thing"…). Mention spéciale pour le single de l’album, un tube énorme teinté de hip-hop, au refrain facile, répétitif et radiophonique à souhait, qui devrait beaucoup servir l’album.

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