Entretien : Saïl : «il vaut mieux sédentariser le festival»

Entretien : Saïl : «il vaut mieux sédentariser le festival»

ALM : Pourquoi avez-vous choisi Tanger pour abriter la huitième édition du FNF ?
Nour-eddine Saïl : A vrai dire, le festival aurait pu se tenir à Agadir. C’était pratiquement ce qui était décidé entre le Centre cinématographique marocain et les Chambres professionnelles. Aucune salle de cinéma à Agadir ne répond aux critères exigés par le FNF. Il a été envisagé d’apporter une aide spécifique à la salle qui semblait la mieux placée pour abriter le festival, mais les négociations ont pris trop de temps.
Il a fallu prendre la décision de changer de ville si on voulait que le 8ème festival se tienne en 2005 comme cela était prévu depuis 2003 (Oujda).
Tanger était tout indiquée pour le mois de décembre 2005, elle dispose au moins d’une salle valable pour la compétition, elle a la capacité hôtelière pour le séjour de plus de 500 participants et son climat pour un mois de décembre n’est pas très different de ce qu’on aurait pu avoir à Agadir.

Eu égard à la dynamique que connaît aujourd’hui la cinématographie nationale, au niveau aussi bien de la production que de la qualité, ne serait-il pas convenable de rendre le FNF annuel ?
Cette hypothèse est tout à fait envisageable. Elle est même actuellement envisagée, le CCM en discute en ce moment avec les partenaires professionnels. L’annonce pourrait en être faite bientôt.

Depuis sa création, le FNF s’est contenté de faire de la déambulation. N’est-il pas temps de le fixer actuellement dans une ville ?
Cette hypothèse, elle aussi, est envisageable, mais cela prendra peut-être encore quelques mois avant que la décision de sédentariser le festival soit prise, ou que son aspect itinérant soit maintenu.
Personnellement, je ne vois que des avantages à ce que le FNF s’installe définitivement quelque part.

Tanger ne serait-elle pas la ville-hôte idéale de ce festival ?
Tanger peut constituer un excellent lieu d’accueil pour le FNF, mais ce n’est pas la seule hypothèse sur laquelle nous travaillons. En tout état de cause, il dépendra aussi du désir des villes elles-mêmes pour que le choix soit fait.

L’activité cinématographique nationale connaît aujourd’hui une embellie indéniable. Qu’est-ce qui serait à l’origine de cette embellie ?
L’embellie actuelle de la production cinématographique marocaine repose sur plusieurs éléments. Il y a tout d’abord la volonté de l’Etat marocain de soutenir la production de l’image cinématographique nationale en tant que diversité culturelle, affirmant l’identité propre du Maroc. Dans ce sens, le mécanisme de l’avance sur recette (inspiré par la France, la Corée du Sud et d’autres pays) rend et rendra encore plus dans l’avenir des services indéniables à tous les producteurs marocains. Il y a en deuxième lieu l’arrivée à maturité d’un certain nombre de jeunes cinéastes marocains qui viennent disputer aux anciens le droit à l’expression cinématographique. Cela crée une dynamique qui ne peut que profiter à la production nationale. Et il y a enfin, pour faire bref, la professionnalisation progressive du champ de la production cinématographique. Et cela constitue, à mes yeux, la meilleure garantie de continuité et de pérennité.

Comment situez-vous le cinéma marocain à l’échelle arabe et africaine ?
Au niveau du continent africain, le Maroc constitue certainement la première puissance cinématographique, suivi de près par l’Afrique du Sud.
Quant au monde arabe, le Maroc tient aujourd’hui la dragée haute à l’Egypte qui a été depuis toujours la mère nourricière des cinématographies arabes et qui se remplit sur son seul marché intérieur et sur les fictions télévisées. Mais dans le fond, tout cela ne veut pas dire grand-chose car au jour d’aujourd’hui, le film marocain ne représente que 18% du marché marocain du film. Il reste donc beaucoup à faire pour d’abord conquérir le marché intérieur et développer tous les mécanismes d’exportation du film marocain, tous canaux confondus. C’est dire que le programme est vaste et qu’on n’en est qu’au début du chemin.

Pour cette 8ème édition du FNF, vous programmez une rencontre-débat le thème «Cinéma et télévision, quels enjeux de production ? ». Le rapport entre ces deux médias est-il fait de conflit ou de complémentarité ?
Pour le moment, le rapport cinéma/télévision n’est pas très organisé. Ce qu’on peut constater, c’est l’utilisation quasi abusive faite par les chaînes de télévision du produit cinéma, toutes nationalités et tous registres confondus. Comme dans tous les pays qui se respectent et qui respectent la production artistique, le Maroc, grâce à la HACA (Haute autorité de la communication audiovisuelle), se penche sérieusement sur le rapport télévision/cinéma. Le CCM a effectivement des propositions à faire à ce niveau en accord, comme toujours, avec les Chambres professionnelles concernées. L’objectif du colloque de Tanger consiste principalement à ouvrir un débat devenu nécessaire.

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