Femmes du Sahara : grossir pour plaire

Femmes du Sahara : grossir pour plaire

On est à la plage Foum El-Oued à 26 km au sud de Laâyoune, ce samedi à 7h du matin, un groupe de trois femmes dont deux jeunes filles et une troisième plus âgée se dirigent vers des roches isolées. L’une d’elles remplit un bidon avec de l’eau de mer. Quelques minutes plus tard, elle se jette par terre et son amie l’entoure d’un tissu pour dissimuler l’opération de gavage. Dans le Sud du Royaume et plus précisément à Guelmim, porte du désert, persiste une coutume héritée des temps d’anciens et qui consiste en gavage des filles issues des tribus des nomades. Parler de ce phénomène néfaste pour la santé des jeunes filles reste toujours un tabou chez la population de cette région et on ne se contente d’en parler qu’entre amis. Cependant cette pratique ne cesse de nuire à la santé des femmes malgré les voix timides qui s’élèvent de temps en temps pour la dénoncer. Cette pratique consiste à faire manger à une fille au-delà de la satiété réelle et, ou perçue. Ce qui conduit à des surpoids pouvant aller jusqu’à l’obésité. Mais c’est aussi une technique utilisée par le corps médical dans certaines circonstances.Dans ces régions, le but du gavage est d’acquérir une corpulence censée mettre en valeur la féminité dans une stratégie de séduction. Car une femme grosse, c’est non seulement un critère de beauté mais aussi un critère de richesse. Alors que la maigreur des femmes est signe de pauvreté. Localement, certaines personnes pensent que le poids de la jeune fille est proportionnel à l’estime de la famille, alors que la minceur est considérée comme un signe de maladie, certains vont jusqu’à la considérer comme une honte. L’évolution que connaît la société locale n’a pas pu abolir ces pratiques, et même si on envoie les jeunes filles à l’école, on investit toujours au niveau de leur poids. Pourtant, les techniques du gavage sont nombreuses, la plupart sont de l’héritage du passé, d’autres se sont servis de la science et des matières chimiques pour gagner plus de graisse. Cette opération nécessite certains éléments, des techniques et des matières spéciales, une femme gaveuse, ainsi que la fille objet du gavage. Pour ce qui du côté technique et matériel, la plus connue de ces méthodes reste celle appelée localement Lahgin. Dans cette méthode, on injecte de l’eau de mer dans les intestins par un tuyau inséré dans l’anus, en moyenne on injecte à peu près deux litres d’eau, ce qui conduit au gonflement des fesses de la femme, et permet par la suite de gagner en matière de poids. La jeune fille concernée par cette pratique en subit 3 ou 4 fois durant la même semaine. «Dans une autre technique, on met devant la jeune fille de grandes quantités d’eau ou de lait. Elle doit tout boire. Et dès que le récipient est vide il est à nouveau rempli et ainsi de suite. On peut même recourir à des pratiques sévères contre la fille si elle vomit. Si elle vomit tout de même, on rapporte encore de quoi boire encore et encore», explique à ALM Abdelah Elhairach , acteur associatif basé à Laâyoune et animateur d’un programme sanitaire à la radio locale. Et d’ajouter que l’objectif est d’agrandir l’estomac pour que la jeune fille puisse manger de très grandes quantités de nourriture, on donne alors à la jeune fille, pendant une semaine, du pain imbibé dans du lait, des dattes et quelques morceaux de viande de dromadaire. Durant les dernières années, on procède à des méthodes plus modernes à savoir les pilules chimiques vendues aux marchés noirs locaux et dont on ignore la provenance, même si certaines personnes avancent qu’on les importe de la Mauritanie. Certaines femmes arrivent elles-mêmes à fabriquer leurs propres pilules à partir des herbes de la région, et qui sont par la suite vendues clandestinement entre femmes contre une somme modique de 4 à 5 dirhams la pilule. La femme gaveuse jouit dans la majorité des cas d’une bonne réputation auprès de son entourage. Elle doit aussi avoir une forte personnalité qui lui permet de ne pas renoncer à sa mission de faire grossir d’autres jeunes filles. D’où le choix par la femme gaveuse de méthodes qui peuvent être qualifiés de sévère par la jeune fille objet du gavage. Pour ce qui est de cette dernière, souvent elle dépasse la quinzaine et subit la dictature de la beauté en mettant en péril sa santé pour plaire aux hommes, qui ne pensent qu’à leur jouissance et leur plaisir. Dans ces régions plus la femme est obèse plus elle aura de chance de se marier, mais à quel prix sachant que cette pratique marquera à jamais sa vie. Le gavage demeure une affaire de femmes, à tel point qu’on évite d’en parler durant les rencontres médicales organisées dans cette région. Bien plus, ALM a essayé d’avoir l’avis des médecins de la région, malheureusement ils refusent d’en parler. L’un d’entre eux qui a choisi de nous en parler sous couvert de l’anonymat, nous fait part de sa propre expérience avec cette pratique. «Il y a quelques années, j’ai osé, avec la radio de Laâyoune, parler de ce sujet tabou, mais vraiment j’ai été choqué par la réaction de certaines personnes qui ont vu dans ma franchise une sorte d’insulte à leur traditions et us, c’est pour cette raison que j’ai décidé de ne plus en parler, et la plupart des médecins de la région ont choisi de recaler ce problème malgré ses effets sur la santé, notamment du fait qu’il aboutit à l’hypertension, le diabète», a confié à ALM l’un des médecins de Laâyoune qui a requis l’anonymat. Les gens interrogés par ALM ont été unanimes à affirmer que sur le plan social, l’obésité de la femme est une tradition. Toutefois il faut la rejeter. D’autant plus que c’est très néfaste pour la santé. Aujourd’hui, le gavage ne fait plus l’unanimité, la jeune génération s’interroge sur ses effets sur la santé. Les médias jouent un rôle important dans ce sens. D’autant plus que le mode de vie moderne oblige, car la femme mince est plus jolie et plus in. Dans le Maroc d’aujourd’hui la femme n’est plus un objet, mais un partenaire à part entière qui a des obligations et des droits.

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