Hommage à Farid Belkahia: L’homme en ses signes

Hommage à Farid Belkahia: L’homme en  ses signes

Il laisse derrière lui une œuvre et un parcours artistique à la fois riche, profond et ancré dans l’humain. Inutile de revenir ici sur le travail mondialement reconnu d’un peintre et sculpteur aux assises solides, qui a donné corps à une approche picturale et une lecture de l’art, toujours au plus près de l’expérience, du vécu, dans une longue et ininterrompue interrogation sur le sens du beau. Plus d’un demi-siècle de travail, de recherches, d’expérimentations, d’essais et de doutes… ont façonné un homme et ont donné un sens à son cheminement créatif. Mais derrière tout ceci, il y a la figure de Farid.

L’homme avait un caractère bien trempé. Il faut l’avoir connu de près, l’avoir fréquenté, avoir écouté ses discours, ses conversations et aussi ses diatribes, pour voir à quel point Farid Belkahia pouvait être à la fois simple, colérique, profond, moqueur, bon vivant, analyste chevronné, mais également un homme touché par les petits détails de la vie et très aimant. Farid Belkahia a dédié sa vie à son art. Il n’était pas peintre par accident, mais par besoin. Une nécessité existentielle pour aller au fond de lui-même, tenter de se comprendre, trouver son épicentre et poser sur ce socle ses visions du monde, ses rapports humains, ses rêves d’artiste.

En cela, il a trouvé en sa compagne, son épouse, Rajaa Benchemsi, une collègue de travail, une  accompagnatrice sur le chemin de la vie. Le couple, qui demeure au-delà du départ de Farid Belkahia, était à la fois une référence, une source d’émulation pour beaucoup d’artistes. Un peintre et une auteure, deux vies, deux visions, deux passions, deux destins différents, un voyage commun. Cela aussi, c’est Farid.

On peut céder au chant des sirènes des détracteurs, tous les mécontents, qui ont un jour ou l’autre fait les frais des saillies de Farid,  mais il n’en demeure pas moins que ce bonhomme était un véritable artiste.  Il avait du mordant, du répondant, savait piquer, appuyer là où cela faisait mal, en cela il était en règle avec lui-même. Il ne voulait faire partie d’aucune corporation, d’aucun communautarisme artistique, il travaillait, faisait ce qu’il avait à faire et s’occupait de sa vie.

Quand celles des autres venaient à interférer avec la sienne, il avait le mot juste pour marquer ses territoires. En somme, Farid Belkahia a vécu en adéquation avec qui il pensait être. Il n’était tenu par aucune concession pour qui que se soit. Peut-être un peu par amour pour les siens. Egoïste ? Certes où avez-vous déjà rencontré un créateur qui ne se prenait pas un peu pour Dieu ?

Mais il avait l’élégance de bien le dire. Le charme bien marrakchi, le mot juste pour faire passer ses messages directs ou indirects sans crier gare, mais avec toute la subtilité qui s’impose.
De l’année où il avait entamé ses études à l’Ecole des Beaux-Arts à Paris en 1959 et à l’Académie de théâtre à Prague où il a étudié la scénographie que de chemin parcouru, avec toujours cette constance propre aux artistes qui ont du coffre.

Et du cœur, même si Farid savait gérer ses émotions et n’en laissait transparaître que ce qu’il voulait bien laisser filer.  Farid Belkahia restera comme un visage unique des arts plastiques marocains. Un travail singulier, une approche personnelle, une vision intérieure bien huilée sur ce qu’il pouvait donner, ce qu’il attendait de la vie, ce que les autres pouvaient lui apporter pour nourrir son art. Aujourd’hui, restent les œuvres, les écrits, les souvenirs, la mémoire.

Comme d’ailleurs dans ses cuirs, ses cuivres, ses toiles… des palimpsestes, des empreintes sur le cadran des jours, pour demain.

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