Hommage posthume à Guy Martinet

Toutes les religions étaient représentées. L’église Sacré Cœur n’a pas vu pareille communion depuis des lustres. C’était triste, mais beau. La beauté de ce Maroc pluriel et uni que rien ni personne ne peut casser. La foule nombreuse était venue rendre un dernier hommage à un historien peu commun qui est entré dans l’histoire du pays, un humaniste hors pair et un professeur qui a formé des générations de Marocains. Guy Martinet, c’est de lui qu’il s’agit, aura gagné son pari, celui de réunir tous épris de démocratie sous un même toit pour clamer haut et fort les valeurs de la tolérance.
Et ceux qui sont venus rendre un dernier hommage à Martinet se sont rendus compte qu’ils avaient, pour certains sans le savoir, un ami commun. Un homme de culture et de savoir qui transcende les générations et dépasse les barrières politiques. Il y avait Mohamed Mjid, un ami de la famille Martinet et avec laquelle il a travaillé sur plusieurs dossiers à caractère humanitaire. Il y avait Abderrahmane Youssoufi, premier secrétaire de l’USFP et ancien Premier ministre, en compagnie d’une délégation du parti. Une amitié liait les deux hommes depuis plus d’un demi-siècle. Il y avait aussi une forte délégation du PPS, conduite par My Ismail Alaoui, Abdelouahed Souheil, Omar Fassi ou encore Ahmed Salem Latafy et Nouzha Skalli. Il y avait aussi Shimon Lévy, Abraham Serfaty et sa femme Christine. Mahjoub Benseddik et des hommes de lettes et de culture.
Suzanne, sa femme, recevait les condoléances tout près de la Land Rover, jaune, la voiture que le couple utilisait pour ses déplacements en montagne. Suzanne étant une spécialiste des gravures rupestres et partageait cette passion avec Guy…
L’office religieux donné ce samedi 31 mai a réuni tout ce beau monde. Les amis de Martinet. Et il en avait beaucoup. Et comment ne peut-il pas en avoir lui qui avait été l’un des meneurs de ‘‘la conscience française’’ et mené campagne pour la signature de la Lettre des 75. Une lettre qui appelait à reconnaître les droits légitimes du Maroc alors sous le protectorat et qui refusait que le régime colonialiste porte atteinte aux valeurs sacrées du peuple marocain. Lui qui s’est insurgé au début des années de l’Indépendance contre les règlements de compte entre Istiqlaliens et Chouris. Et qui appelait de ses vœux à un Maroc stable, démocratique et prospère… Dans ses nombreux écrits, il revenait avec amertume sur cette période trouble de l’histoire du Maroc et, lors des dizaines de rencontres qu’on a eues, des heures de discussions ont été consacrées aux leçons à tirer de ces événements.
Il faisait un point d’honneur d’avoir été à la Marine Royale et décoré par cette institution. Spécialisé dans l’histoire maritime, il n’hésitait pas à dire ce qu’il a sur le cœur, avec le calme des croyants sincères et appelait à ce que tout soit réglé par la paix. L’histoire des guerres maritimes l’effrayait tant, lui qui chérissait la vie, ne pouvait accepter que règne les lois de la mort. Celles de la haine.
Avant sa mort, cet épris de valeurs démocratiques travaillait sur l’histoire des libéraux français du Maroc. Des centaines de documents inédits. Des photos sans pareil. Des témoignages. Le tout devrait être édité courant 2003, selon ses vœux. Suzanne, elle, se fait un point d’honneur d’exaucer ses vœux. Un voile sera levé sur l’histoire des relations maroco-françaises sous le protectorat.  Un hommage posthume à Guy, lui, qui n’aimait pas trop les projecteurs.

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