Jacques Majorelle restauré

Les deux tableaux de Jacques Majorelle, disp-osés à droite et à gauche de la cage d’escalier de la wilaya du Grand Casablanca, viennent d’être restaurés.
Mesurant chacun 4, 50 mètres de haut sur 3, 60 mètres de large, ces deux tableaux s’étaient tellement dégradés qu’ils menaçaient d’adhérer au mur un peu à la manière de deux grandes taches informes.
L’initiative de cette restauration appartient au wali du Grand Casablanca, Driss Benhima. Il donne ainsi un signal fort de son intérêt pour les arts. L’intégralité des frais de restauration a été prise en charge par un mécème de Casablanca. La restauration des deux Majorelle a été confiée à une restauratrice française, Caroline d’Assay, qui a été assistée par des étudiants de l’Ecole des Beaux-Arts de Casablanca.
Les deux tableaux de Majorelle s’intitulent «Moussem» et «Ahouache». Ils ont été peints en 1937. Le premier tableau représente une scène se déroulant à la place Djemâa El Fna. Il se caractérise par une perspective étonnamment aplatie. La surface plane de la scène est rompue par l’élévation de la mosquée Al Koutoubia. Le cadrage de ce tableau est également très intéressant. Il est quasiphotographique. Le peintre semble avoir pris ses esquisses de l’intérieur de la place Jemâa El Fna. Ce qui ne donne pas une vue d’ensemble, mais un plan coupé qui fait saillir les premiers personnages que couvre l’oeil du peintre. De telle sorte que Majorelle n’a peint que les éléments qui entrent dans son champ de vision. Le charmeur de serpents accroupi n’est pas entièrement montré, et ce, parce que le peintre devait être très près, le surplombant peut-être ; ce qui justifie la perspective écrasée et l’apparence quasiment en plongée du tableau. Le second tableau, «Ahouache», montre une troupe de musiciens formant un cercle. La lumière est très intéressante dans cette oeuvre. Elle est intense au premier-plan et très harmonieuse au second. Cette harmonie vient du fait que les tons rouges briques des montagnes sont avivés par l’éclairage d’un soleil qu’on imagine couchant.
La durée de la restauration n’a pas dépassé trois semaines. C’est une période très courte pour restaurer des tableaux de la taille des deux Majorelle. La restauration des grands formats s’étend généralement sur une durée de six mois dans les ateliers de la Maréchalerie de la petite écurie à Versailles qui sont le haut lieu de la restauration des oeuvres des musées nationaux en France. Le travail de restauration a consisté en le fixage de la couche de peinture, le nettoyage des saletés accumulées, la désinfection des moisissures, la pose de mastic pour boucher les interstices et les petites retouches. En dépit du temps court de restauration, les deux tableaux de Majorelle ont été rajeunis. On peut enfin les regarder sans être gêné par les dommages que le temps et la négligence des hommes leur ont fait subir. La restauration a pour corollaire obligé la conservation préventive qui agit sur les causes de la dégradation des objets.
Maintenant que les deux tableaux ont été restaurés, et tout le monde s’en félicite, il faut songer à les conserver pour prolonger leur espérance de vie. Jusque-là, même l’hygromètre, qui sert à mesurer le degré d’humidité de l’air, n’a pas encore été posé à côté des tableaux. D’autres dégradations sont par conséquent à craindre. Des dégradations dont les risques de dommages peuvent être réduits par des mesures peu pesantes.

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