La grogne des hors-concours

Les architectes se sont déplacés en masse pour assister à un débat sur un sujet qui suscite beaucoup d’interrogations en ce moment : «Les concours nationaux d’architecture. L’architecte Rachid Ouazzani a exprimé les exigences du Conseil national de l’Ordre des architectes. «Les concours soulèvent des interrogations sur les procédures et même des inquiétudes quant aux dérapages encore constatés» a-t-il dit. Il nous a confié que l’Etat a réclamé de l’Ordre des architectes l’élaboration d’un texte sur les concours. Un décret, comprend 80 articles, a été réalisé dans ce sens. Il a été remis au secrétariat général du gouvernement qui ne lui a pas donné de suite jusque-là.
Selon Selma Zerhouni, directrice de la revue «Architecture du Maroc», ce texte est en passe d’être débattu au Parlement. Mais le fait de le maintenir en souffrance semble avoir poussé les architectes à en dévoiler la teneur. Ils réclament son application, parce que l’Etat continuerait de lancer des concours sans prendre en considération ce document. Que propose le Conseil national de l’Ordre des architectes dans ce décret ? « Plus de transparence dans la désignation des architectes par le maître d’ouvrage» répond sans hésiter Rachid Ouazzani. Plus de transparence veut dire moins de clientélisme. «L’ordre tient à ce que la pratique du clientélisme cesse» insiste son représentant. L’égalité des chances semble ainsi être le cheval de bataille des architectes dont certains n’ont pas caché leurs déceptions.
Tous les architectes ne sont en effet éligibles aux concours qui nécessitent un grand investissement. Un concours peut irrémédiablement appauvrir un cabinet qui n’a pas encore de solides appuis pour supporter le coût d’un échec. C’est pour cela que ceux qui craignent d’y laisser des plumes réclament une rémunération pour les dédommager de leurs efforts, quand bien même leur projet serait écarté. L’autre revendication importante de l’Ordre des architectes a trait au prix de prestation. En matière de commande publique, le ministère des Finances semble privilégier non pas la qualité des projets, mais l’offre de prix. Ce qui porte préjudice aux architectes soucieux avant tout de créativité, et non pas des moyens financiers que nécessite la réalisation de leurs projets.
Le document en question fait également part d’autres exigences techniques comme le jury qui doit être composé au moins de 7 personnes dont 4 architectes. C’est ainsi qu’on peut résumer les réclamations de nos architectes qui tiennent à être associés à l’organisation des concours nationaux. Ils sont tous membres de l’Ordre des architectes. Le fait de tarder à appliquer ce document est d’autant moins compréhensibles pour eux que le Conseil national de l’Ordre des architectes «n’est pas une association, mais une institution para-publique» comme le souligne Rachid Ouazzani. Créé en 1941, il s’agit du plus vieil ordre d’un corps de métier au Maroc.
Le débat sur les concours nationaux d’architecture a été organisé par le groupe Archimedia en partenariat avec le Conseil national de l’Ordre des architectes. Il s’inscrit, selon Selma Zerhouni, dans une optique visant à apporter des solutions à l’acte de bâtir en améliorant le paysage urbanistique. «Ces dernières années, plusieurs concours d’architecture ont été organisés. Il faudrait que le bâtiment devienne un monument à visiter, une attraction pour les touristes.
Au même titre que le musée Guggenheim à Bilbao ou la bibliothèque d’Alexandrie. Et pour atteindre cette fin, il n’y a qu’un seul moyen : le concours. Parce qu’il sélectionne les meilleurs», précise-t-elle. À l’heure où l’Etat a lancé plusieurs concours nationaux, on peut rêver à une Bibliothèque nationale ou à un Musée Royal des Arts et des Civilisations qui seraient des édifices-phares dans une cité.

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