La poésie du retour

Tout le spectacle est inscrit dans le titre : « Nous ne disons adieu à rien ». Il s’agit du refus de renoncer définitivement à un pays, à une mémoire. Les faits commencent en 1948 avec l’exil forcé des Palestiniens. Quatre interprètes lisent les poèmes de différents recueils de Mahmoud Darwich. Des poèmes de combat comme «Une mémoire pour l’oubli », « La terre nous est étroite », mais d’autres extraits d’un recueil écrit par Darwich après les accords d’Oslo, à un moment où il pensait dire adieu à la poésie militante pour embrasser d’autres genres. Il s’agit du «Lit de l’étrangère», un recueil entièrement dédié à l’amour.
La scénographie sobre n’étouffe à aucun moment les mots du poète. Les quatre interprètes (Caroline Beaune, Marie-Madeleine Burguet, Dominique Devals et Bernard Bollet), se déplacent peu sur scène. C’est de poésie qu’il est avant tout question dans cette représentation, et rien ne doit distraire des mots de Mahmoud Darwich. La lumière qui s’éteint, à plusieurs reprises, décrit la succession des jours et des nuits des Palestiniens, et c’est ainsi que nous les suivons durant leur nuit sans jour et leur jour sans lumière. Cela commence avec leur déportation dans des camions, et nous entraîne jusqu’à une date proche d’aujourd’hui. Cela va de la nomination des noms de lieux – l’ivresse de nommer des villes et des régions en Palestine – jusqu’à l’absurdité de cette phrase : «vous n’êtes pas d’ici».
Au fil des poèmes, nous traversons avec les Palestiniens plusieurs périodes de leur histoire. Nous saluons en eux le fait que la guerre ne les a pas privés de leur soif de vivre : «Nous, aussi, nous aimons la vie quand nous en avons les moyens ». Au départ de la lecture des poèmes, il y a les camions. À la fin de la représentation, il y a ce vers : «et rêvaient et rentraient». Les rêves dans les poèmes sont plus têtus que les bruits des chars.

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