La ville de Settat reprend des couleurs

La ville de Settat reprend des couleurs

Un champ de coquelicot. Les paysages de la Chaouia sont tout de rouge vêtus. Spectacle naturel qui n’est certes pas typique à cette région du Royaume, après les importantes chutes de pluie. Ordinaire, donc ? Ce n’est pourtant là qu’une métaphore des belles couleurs nationales dont s’est parée, mercredi dernier, la ville de Settat pour accueillir Sa Majesté le Roi.
Partout, des drapeaux nationaux, rehaussés des portraits de Sa Majesté. Et de banderoles arborant, en gros caractères, des expressions de gratitude au Souverain. Abdelmjid. B, ex-bidonvillois, se tient fièrement au perron de sa nouvelle maison. Pour cet ex-habitant du bidonville «Jdour», 67 ans, ce 5 avril 2006 restera, peut-être, inoubliable. «Ce jour, tout a changé pour moi». Et pour ses six enfants qui, par le passé, étaient entassés pêle-mêle dans une baraque de fortune située à proximité de «Dar Al Caïd».
Dans le quartier flambant neuf, «Hay Hassani» de son nom, que Sa Majesté le Roi a inauguré ce jour-là, A. B a désormais droit à une maison d’une superficie de 70 mètres carrés. Comme lui, ce sont quelque 3000 familles, originaires des bidonvilles «Jdour» et «Qilliz», à avoir bénéficié de lots de terrain de l’Etat dans le cadre du programme national de lutte contre l’habitat insalubre. Ahmed. S, originaire du bidonville «Qilliz», a bien résumé l’état d’esprit qui régnait ce jour-là.
«Une page sombre vient d’être tournée dans notre vie. Après avoir vécu comme des bêtes, agglutinés, hommes et femmes, dans des cages à lapin, nous avons enfin droit à un logement décent», explique-t-il, soulagé. Soulagement auquel plusieurs centaines de villageois étaient venus partager ce jour-là, dans un enthousiasme spontané. Il en est qui ont fait le déplacement de Ben Ahmed, Borouj, Aoulad Sidi Bendaoued, R’hamna, Bni Khallouk, Sidi Boumehdi, et autres régions éloignées de la province de Settat.
Tout ce monde s’était donné rendez-vous sur une grande esplanade située aux alentours de Hay Hassani, pour fêter, au son des youyous, des éclats de baroud et autres expressions de joie, un événement social majeur. « Je suis venu, avec mon cheval, participer aux spectacles de fantasia. Je suis doublement heureux : d’abord, d’avoir pu voir pour la première fois sa Majesté le Roi, et puis je suis content pour toutes ces familles qui ont pu bénéficier d’un logement décent», se réjouit Ahmed. N, un cavalier originaire de la région d’Aoulad Saïd. Même tonalité chez la majorité de la population settatie.
Le témoignage de Kawtar Aïn Ennass, 11 ans, en dit long sur la liesse d’une province qui a su cultiver, au fil des années, l’image de la cité de la fête par excellence. « Fini, les gouttes d’eau qui s’introduisaient, en temps de pluie, par les trous des toits en zinc. Fini, la recherche inlassable de l’eau dans des fontaines lointaines. Fini, la quête interminable de bois de forêt pour se chauffer en hiver.
Finalement, je vais pouvoir suivre mes études tranquillement », se félicite cette petite ex-bidonvilloise. Tout en partageant ce son de cloche, Abdellah. D, 28 ans, garde une pointe de dépit. «Contrairement à la superficie accordée aux habitants de Hay Hassani, de 70 mètres carrés, nous n’avons pu bénéficier que de 63 mètres carrés », nous dit ce jeune habitant du quartier Maïmouna. Et d’ajouter que l’étroitesse, voire l’exiguïté de son chez lui, pose un sérieux problème pour sa famille nombreuse. « Nous avons certes un logement propre, équipé convenablement d’eau et d’électricité, mais le problème de la promiscuité se pose toujours.
Vu mon âge, je ne peux partager une seule chambre avec mes trois sœurs», se plaint-il. Mais passons, la situation de ce jeune de «Hay Maïmouna» serait plus clémente que celle de centaines de riverains restés dans le bidonville «Qilliz», considéré, et pas vraiment à tort, comme le «point le plus sombre» de la ville de Settat.
La tendance, qui régnait dans ce bidonville, était plutôt à la révolte. Et pour cause. «Cela fait cinquante ans que je vis dans ce bidonville, pourquoi ai-je été privé de bénéficier d’un logement social?», s’interroge un bidonvillois, indigné. Avant d’ouvrir la porte de son «chez-lui», un véritable trou de 10 mètres où devraient pourtant vivre une famille de cinq membres ! «Est-il pensable que cette fosse sert de résidence pour une famille nombreuse ?», renchérit, le regard sombre, son voisin. Et de marteler, catégorique : «Je ne voterai plus pour personne». Les élus sont ouvertement montrés du doigt, ils sont accusés d’avoir fait preuve de «népotisme et de favoritisme» dans la distribution des lots de terrain. «L’un des bénéficiaires des logements sociaux, à Hay Hassani, est originaire de Casablanca.
Comment se fait-il que nous, qui croupissons depuis plusieurs décennies dans ces trous-là, soyons injustement écartés ?», se lamente-t-il, l’air suspicieux. Mais voilà, cette situation est également due au refus de plusieurs bidonvillois d’être délogés vers des quartiers lointains. Comme le laisse entendre Meryem. K, veuve de son état. «Eu égard à mon âge, ajouté à mes problèmes de santé, je ne supporte pas de vivre loin du centre-ville», reconnaît-elle. Sa fille, Halima. C, femme de ménage, dit ne pas avoir les moyens de parcourir une dizaine de kilomètres pour venir travailler dans le centre-ville.
La question, maintenant, est de savoir si ces deux femmes, avec tout le reste, pourront continuer à supporter de vivre une vie indécente. Peu probable, quand on constate de près, que le bidonville est noyé au milieu de tonnes de déchets, est traversé d’eaux usées, et manque lamentablement des moindres conditions d’hygiène. Moins encore probable, quand on remarque que les trous qui font fonction de « logis » ne peuvent abriter même pas une seule personne, a fortiori deux ou trois familles.
Une situation qui rappelle, cruellement, celle de la société française du XIXème siècle, décrite parfaitement par Emile Zola dans son célèbre roman «L’Assommoir». Une tache noire à moitié effacée, puisque l’opération de recasement des bidonvillois n’a jusqu’ici concerné que trois quartiers : Hay Hassani, Hay Essalam et «Qtaâ Cheïkh ». En attendant la construction d’autres quartiers, «nous devons prendre notre mal en patience», nous dit un bidonvillois, aguerri.
En plus de l’habitat social, le Souverain a procédé, lors de sa visite à Settat, à l’inauguration également du centre de formation professionnelle mixte. Par cette initiative, il s’agit d’assurer une formation au profit des jeunes et des handicapés déscolarisés ou diplômés à la recherche d’un emploi, en vue de les aider à développer les compétences requises pour pouvoir décrocher un poste sur le marché du travail.
Construit sur un terrain d’une superficie de 1462 mètres carrés, ce centre a nécessité un budget de l’ordre de 3,3 millions de dirhams, financé par le Conseil régional (2,5) et le Secrétariat d’Etat chargé de la Famille, de l’Enfance et des personnes handicapées (800 mille dirhams).
De l’avis d’un acteur de la vie associative, ce centre a pour objectif principal de réhabiliter socialement une jeunesse qui a longtemps souffert de l’exclusion. Dans ce même esprit, et pour encourager l’action sociale, Sa Majesté le Roi a remis à l’association «Soutien au programme de rééducation à base communautaire de la région Chaouia-Ouardigha», les clefs de deux mini-bus devant servir pour le transport des handicapés. Il s’agit, là, d’un don de la Fondation Mohammed V pour la solidarité.
D’autres projets ont été lancés par le Souverain, à l’occasion de sa visite à Settat. Il s’agit, entre autres, d’une caserne des Forces auxiliaires.
En conclusion, la visite royale de mercredi a insufflé une nouvelle dynamique à la capitale de la Chaouia-Ouardigha. Au grand soulagement d’une population qui a su donner à l’événement sa véritable mesure.

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