Le Clézio sur les traces de ses ancêtres et de sa jeunesse

De passage à Paris en janvier, l’écrivain, 62 ans et 40 livres derrière lui, reçoit chez son éditeur, Gallimard. Toujours aussi photogénique, c’est un homme lumineux et pudique, moins sauvage qu’on ne l’a dit. Il parle volontiers, d’une manière aussi sereine qu’affirmée, de son aïeul breton, de la bataille de Valmy (1792), du choc de la guerre d’Algérie ou encore de la décolonisation. Il porte un pull tout simple, un jean, de grosses chaussures de marche. En ce jour de grisaille, on imagine qu’il regrette le soleil d’Albuquerque (Nouveau Mexique) où il vit depuis dix ans avec sa femme, Jémia, et ses deux filles.
D’ailleurs, celui qui a été surnommé « l’écrivain nomade », « un indien dans la ville » ou « le panthéiste magnifique » lâche : « il y fait chaud et j’aime bien le désert ». J.M.G Le Clézio justifie ces surnoms parce qu’il a créé un univers imaginaire où les Mayas dialogueraient avec les Embéras (indiens de Panama) et les nomades du sud marocain avec des Marrons, esclaves échappés des plantations mauriciennes, tels ceux dépeints dans « Révolutions ». Jean Marro, le double de l’auteur, est le personnage central de ce roman du déracinement et de la mémoire, cette « chose terrible », « jouissance et souffrance à la fois ». A Nice, ville jamais nommée, il aime écouter les récits de jeunesse mauriciens de sa tante Catherine, dernière survivante d’une époque révolue. » Le livre nous entraîne ensuite dans les guerres révolutionnaires de 1792 (dont Valmy) et le départ aventureux, six ans plus tard, de Jean Eudes vers « l’Isle de France » (future Ile Maurice), choisie par « hasard » pour fuir la misère au temps de la Terreur.
La vie de Jean, elle, suit son cours: elle passe par Nice, par la guerre d’Algérie, par Londres et Mexico, elle passe par beaucoup de rencontres, par l’apprentissage amoureux.Comme torsadés, « le présent et le passé sont traités sur le même temps et au personnage de Jean aboutissent de nombreux autres personnages. Il fallait toutes ces histoires individuelles pour que Jean ait du relief », explique Le Clézio.

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