Le rendez-vous jazzy de Tanger

Tanger et le jazz, c’est toute une histoire. Il faut bien le dire, un jour sans faux-semblants : le jazz prolifère dans les milieux un peu canaille. Les casinos, les maisons de jeu sont son espace naturel. Tanger a eu une belle réputation dans ce domaine. Elle était la ville de tous les trafics. Les fêtards et les noctambules l’empêchaient d’éteindre tôt ses lumières. Le jazz leur a donné de quoi animer leurs longues soirées.
De grands jazzmen ont séjourné à cet égard à Tanger. Il suffit de dire que Max Roach a joué pendant les années cinquante dans cette ville pour avoir une idée de la qualité des instrumentalistes et des chanteurs qui y séjournaient. L’attrait de Tanger sur les musiciens de jazz ne s’est pas démenti depuis. Et pour preuve, le grand jazzman Randy Weston a vécu près de treize ans dans cette ville. Il a fondé un genre au début des années soixante-dix qui connaît une grande vogue aujourd’hui : la fusion. Ses concerts avec les gnaouas et le groupe Jil Jilala ont ouvert le bal à la world music.
Randy Weston a répondu présent à la troisième édition de Tanjazz. Mais il ne sera pas la seule tête d’affiche de cet événement. Le grand trompettiste américain Ronald Baker donnera aux nuits de septembre une résonance particulière. Cette exigence de qualité sera maintenue par une création du célèbre guitariste Louis Winsberg. Celui-ci va inviter le public à un spectacle de fusion jazz-flamengo. Ce concert a été la révélation du dernier festival de jazz de Madrid. Au reste, ce qui constitue indéniablement la qualité de Tanjazz, c’est d’abord la variété des styles qu’il propose au public.
Les quelques rares manifestations de jazz qui existent dans notre pays ne s’intéressent pas au jazz vocal. À Tanger, il sera très bien représenté. D’abord par Linda Loo, un quartet constitué autour de Linda Mahmoudi, une chanteuse algérienne dotée d’une voix à la fois chaude et suave. Elle chante avec une grande finesse les standards du jazz américain. Sa voix va plonger les nostalgiques des films de Michael Curtiz dans les années quarante et cinquante. L’autre voix qui va constituer l’un des grands moments de ce festival est celle de David Linx. Disons-le sans demi-mesures : ce chanteur-compositeur, né en Belgique, est l’une des plus belles voix du jazz moderne. Ce plateau de rêve n’aurait pu être constitué sans la passion d’un homme.
Le publicitaire Philippe Laurin est le fondateur et directeur de Tanjazz. Sa passion pour ce genre musical lui facilite les contacts avec les artistes et fait en sorte qu’ils répondent présents à son invitation. « Ils consentent à des sacrifices financiers pour participer à ce festival », nous a précisé Philippe Laurin, qui ne cache pas son ambition de faire de Tanjazz « le festival de jazz le plus important en Afrique ». « Sa renommée est déjà confirmée dans le monde, mais je pense qu’il sera un rendez-vous recherché par tous les musiciens de jazz dans trois ou quatre ans », ajoute-t-il. L’édition de l’année dernière a attiré 10 000 personnes. Un nombre supérieur de spectateurs est attendu à celle de cette année.
Cette manifestation sera d’ailleurs visible dans la ville. Un big band, constitué de 20 musiciens venus de la Nouvelle-Orléans, va défiler dans les rues. Les musiciens joueront sur la plate-forme d’un camion. Une estrade sera également dressée sur la place du grand socco. Des concerts gratuits y auront lieu deux fois par jour.
En ce qui concerne les spectacles payants qui auront lieu au jardin de la Mandoubia, leur prix est de 50 DH, à l’exception de la soirée de Randy Weston dont le prix d’entrée s’élève à 100 DH. Donc, du bon jazz à des prix largement abordables. Cet événement nourri par un brin de nostalgie pour les années glorieuses de Tanger sera jazzy ou ne sera pas.

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