Les femmes rondes grignotent du terrain mais restent l’exception dans les défilés

Les femmes rondes grignotent du terrain mais restent l’exception dans les défilés

Les femmes rondes s’imposent de plus en plus, dans les catalogues de lingerie fine, dans la mode de tous les jours et en couverture des magazines, mais dans les défilés des «Fashion week» à commencer par celui qui s’ouvre cette semaine à Londres, elles restent l’exception. Le magazine Elle a offert à ses lectrices – ravies si l’on en croit leurs nombreux courriers – un numéro «spécial rondes» époustouflant en mars dernier. A Londres, le couturier Mark Fast a introduit depuis un an dans ses défilés des mannequins dont la taille dépasse le 12 anglais, soit un 40 français ou un 8 américain. Mais dans la haute couture, les silhouettes longilignes restent la règle, en dépit du débat récurrent sur la maigreur des mannequins, les soupçons d’anorexie ou de troubles de l’alimentation.
«Chaque année je regarde les défilés et j’espère voir des modèles au-dessus du 40-42 et chaque année, je suis déçue», raconte Sarah Travers, qui recrute les mannequins de l’agence Hughes Models 12 +, spécialiste des tailles dépassant le 12 anglais, ou 40 français. Lorsque l’Australienne Cheryl Hughes a fondé l’agence il y a 25 ans, elle faisait figure de pionnière. Aujourd’hui, les agences «taille plus» (40 au 48 français) se multiplient et leurs modèles aux formes épanouies voyagent dans le monde entier, comme Laura Wells, 25 ans. «J’ai démarré dans le métier il y a 3 ans et demi, avec le boom des mannequins ‘‘taille plus’’», raconte-t-elle. «On ne m’a jamais demandé de perdre du poids – quelques rondeurs ici ou là, peut-être – mais pas de maigrir. Si je devais maigrir, je perdrais mon travail: je fais du 42-44, et pour moi, c’est là qu’est le marché», constate-t-elle. La mort en 2006 de la mannequin brésilienne Ana Carolina Reston, anorexique, avait secoué les capitales de la mode. L’Espagne et l’Italie avaient à l’époque banni les mannequins dont l’indice de poids corporel était inférieur à 18 (56 kg pour 1,75 m). En Grande-Bretagne, la commission mise en place par le Conseil de la mode (British Fashion Council) a jugé que l’indice n’était «pas pertinent» pour juger de la santé des mannequins. Mais elle a banni les moins de 16 ans des défilés. «Seize ans correspond à un niveau de maturité», souligne Caroline Ruth, du British Fashion Council. Pour la patronne de l’agence Hughes Models 12+, c’est justement le passage de la jeune fille longiligne de 16 ans à la femme de 20 ans qui pose problème. «Il y a une responsabilité de la part de ces agences qui ramassent des filles de 15-16 ans à la sortie des écoles», estime-t-elle. Lorsqu’elles deviennent des femmes, «beaucoup n’arrivent pas» à accepter une prise de poids morphologique. En 2008, la mannequin britannique Katie Green à qui son agence demandait de perdre plusieurs kilos lançait la campagne «dites non à la taille zéro», une petite bombe dans le monde de la mode. La taille zéro américaine correspond à un 32 français. «La taille zéro est horrible», s’insurge Sarah Travers. «C’est presque squelettique.» «Je pense que le fait qu’on s’en soit éloigné est déjà un grand pas». Reste que sur les podiums, les tailles 34 et 36 restent la règle, pour des mannequins qui dépassent 1m80. «Morphologiquement, c’est très inhabituel de porter du 34 lorsqu’on est aussi grand», reconnaît Sarah Travers. Optimiste, elle parie toutefois que «les progrès visibles dans la mode de tous les jours finiront pas gagner les défilés».

  Marie-Pierre Ferey (AFP)

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