Les livres de la semaine

« Les mirages de l’aide internationale », une histoire de calcul
Tiers-monde et pays donateurs se retrouvent, une fois de plus, sur la sellette. Les deux entités sont nouvellement évoquées et leur prétendue idylle décortiquée, afin de livrer une vision de ce que cela représente réellement. « Les mirages de l’aide internationale» dévoile une facette particulière de l’aide humanitaire et de celle destinée au développement, dans toutes leurs dimensions. Décrivant l’aide internationale comme étant une entreprise mondiale réalisant un chiffre d’affaires conséquent, l’auteur souligne que sous son apparence bienveillante, celle-ci cache un visage bien atroce. Ainsi, comme le souligne David Sogge, les préjudices causés par l’aide internationale seraient, de loin, incommensurables par rapport aux bienfaits qu’elle est censée procurer aux populations nécessiteuses. Celle-ci profiterait plus aux pays donateurs qu’aux destinataires. «‘’Suivez l’argent !‘’ Ce conseil donné à des journalistes au début des années 1970, par un informateur surnommé ‘’Deep Throat‘’, a facilité la découverte des maillons corrompus du pouvoir menant droit au sommet, à Washington D.C. Cet avis judicieux reste d’actualité pour tous ceux et celles qui souhaitent comprendre les jeux du pouvoir dans la relation Nord-Sud. », David Sogge affiche la couleur dès les premiers mots de l’avant-propos. Par ailleurs, l’ouvrage fait partie de tout un ensemble qui diagnostique les grandes évolutions que connaît le monde actuellement. David Sogge, grâce à sa contribution, pose une pierre de plus dans l’édifice des essais liés aux enjeux de la mondialisation, ses défis et ses fins ; un cocktail qui pourrait s’avérer explosif et sur lequel des auteurs, issus des quatre contrées du globe, se sont penchés afin d’en définir les tenants et aboutissants.
L’amazighe : les défis d’une renaissance
Pour son dernier numéro, Prologues a opté pour un dossier volumineux consacré entièrement à l’amazighe. Ainsi, la revue maghrébine du livre ambitionne, à travers ce spécial, de réserver un traitement particulier à l’amazighe. Une question que les auteurs du dossier estiment des plus sensibles pour le présent et l’avenir du Maghreb. « L’amazighe est une réalité maghrébine (…) Une dimension essentielle de l’être maghrébin. Devant elle aujourd’hui, s’ouvrent de nouveaux horizons. Non seulement on veut lui garantir une sorte de survie en tant que langue et patrimoine jusque-là marginalisés, mais elle semble entrer dans une ère de véritable renaissance, en s’affirmant selon de nouvelles formes et assumant de nouvelles fonctions. » L’éditorialiste estime, ainsi, que la transition effectuée par la langue amazighe, passant du verbal vers le calligraphié, n’est pas à considérer comme un fait conventionnel, loin de là. En effet, le staff rédactionnel situe le passage de l’oralité à l’écrit bien au-dessus de la barre du « simple exercice d’enregistrement ou de fixation de contenus déterminés par des procédés différents », qualifiant le processus en question de véritable renaissance et de nouvelle genèse des contenus et des usages. L’édition été-automne de Prologues part, de ce fait, des défis et enjeux de la renaissance en question, passant en revue divers volets tels la norme graphique et la prononciation de l’amazighe, ainsi que la tradition berbérisante et les prémices de la standardisation de l’amazighe, jusqu’à faire le tour de tout ce qui gravite autour de langue en question. Un travail qui livre une multitude de détails sur une culture à part.
« Rêves de femmes » ou les frontières dans tous leurs états
Dès le premier effleurement, « Rêves de femmes » fait basculer dans le passé. Un véritable voyage dans le temps qui s’achève, afin de commencer l’histoire, dans un univers situé dans le Fès des années 40. Un harem, une fillette, un père instruisant, l’oncle Ali et, bien entendu, des femmes en guise de maîtresses des Lieux. Que ce soit Habiba, Tamou, Chama, Lalla Mani ou les autres, l’omniprésence des descendantes d’Eve se fera ressentir à chaque bout de paragraphe. Ajouter au décor de la ville impériale quelques légionnaires venus d’outre-mer pour, finalement, révéler l’atmosphère dans laquelle Fatéma Mernissi plonge le lecteur qui s’aventure entre les lignes de son roman. Une ligne de démarcation en guise d’introduction au terme de « frontières sacrées » ou, intimement, hudud ; autant de maîtres mots qui accompagneront les dévoreurs de pages lors des premiers pas de leur intrusion dans les domaines de « Rêves de femmes ». « Quand Allah a créé la terre, disait mon père, il avait de bonnes raisons de séparer les hommes des femmes, et déployer toute une mer entre Chrétiens et Musulmans. L’ordre et l’harmonie n’existent que lorsque chaque groupe respecte les hudud. » Le récit, fourmillant de contes où s’entremêlent mystère et magie, que ce soit celles des mots, des sens ou des couleurs qui se dégagent, signe ses prémices sur des formules similaires. Jusqu’à pénétrer, en douceur, dans le fin fond d’un monde ésotérique. En somme, les frontières se tailleront la part du lion, du début jusqu’à la fin du recueil, comme le souligne subtilement l’auteur : « C’est un récit sur les frontières, elles bougent par définition ! »
« Le convoi du chien »
« La première fois que, comme un canasson fou, j’avais rué dans le rosier, j’avais humé en vrac des relents de joie. Peut-être qu’ils ne se trouvaient que dans ma tête repentante des dégâts que faisait subir mon humeur de chenapan à la patience des miens. Le dernier effluve eut raison de mon olfaction primesautière incapable de se débarrasser de ses cuirs et de ses poussières. Il l’enferma dans les senteurs nouvelles, que, si elles, ne m’avaient pas pris dans un tel étourdissement, je lesaurais confondues avec les senteurs du paradis. » Ainsi commence « Le convoi du chien » d’Ahmed Tazi, une cascade de mémoires, d’imprévus et de chamboulements, dépeinte délicatement, de sorte à plonger le lecteur en plein milieu d’un décor, où bien des tranches de vie ont été épuisées. Entre Fès la pieuse et Casablanca la turbulente, se joue le destin d’une famille arrachée aux choses simples de la Médina et livrée sans repères aux turpitudes de la grande ville. À l’origine de cette pérégrination, la mort d’un enfant mordu par un chien malade. L’événement est présenté comme une césure entre la période de Fès, vécue dans l’insouciance, la prodigalité et le plaisir et la période de Casablanca marquée par la peur. Mise en quarantaine et dirigée sur un hôpital spécialisé de Casablanca, la « famille du chien » vit cette réquisition comme une déportation vers un camp de la mort. Le narrateur exorcise sa peur par un drôle d’exercice : observer la peur des autres. Le grand oncle, trop libertin pour s’engager dans la résistance ; le père qui n’a survécu à la famine, au typhus, à d’autres épreuves que pour suivre les frasques de son aîné ; les épouses que tout oppose et que la maladie réconcilie ; le moqua dème qui surveille tout ce monde pour quelques galons de plus et le « vieux », ni archange ni démon, revenant de Côte-d’Ivoire, d’Espagne… d’Indochine, pour apporter un message de paix.

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