Les Marocains boudent le cinéma

Les Marocains ne vont plus au cinéma. Le constat est sorti de la bouche d’un passionné du 7ème art. Le réalisateur Abdelhaï Laraki parle d’une «hémorragie».
Les salles de cinéma ont enregistré une baisse de fréquentation de l’ordre de 40%, selon lui, pendant l’année 2002. Les avis sont unanimes sur cette baisse. Le cinéaste Nabil Ayouch avance même un chiffre très alarmant qu’il tient du CCM. « La fréquentation des salles a baissé de 70% en 2002 par rapport à 2001 », dit-il. Un responsable au CCM n’a voulu ni confirmer, ni infirmer ce chiffre, mais précise « qu’on est passé de 40 millions de spectateurs en 1980 à 10 millions en 2002 ».
La cinéaste Saâd Chraïbi nuance pour sa part ces chiffres. « Il existe une différence entre les chiffres communiqués par les propriétaires des salles et les entrées réelles, en raison de la double billetterie ». En d’autres termes : les billets sont illégalement vendus deux fois. Cela dit, Saâd Chraïbi suppose également qu’en raison de la baisse du nombre de salles dans le pays, le nombre des visiteurs va décroissant. Cette diminution ne concerne pas de la même façon toutes les salles du Maroc. À Casablanca, elle est plus manifeste qu’ailleurs en raison de l’ouverture du Mégarama, mais rares demeurent les salles dans le Royaume qui peuvent se flatter de garder leur public. Mohamed Layadi, propriétaire du cinéma Colisée à Marrakech, dit que sa salle a enregistré une baisse de 21% dans l’intervalle de deux ans. Pourquoi cette baisse générale ? Les facteurs sont nombreux. Plusieurs spectateurs se plaignent d’abord de la cherté des billets. « Je ne peux pas débourser 30 ou 35 DH pour un film qui n’en vaut pas la peine », dit l’un d’eux. La vétusté des salles est aussi montrée du doigt.
Les spectateurs n’acceptent plus de regarder des films dans des conditions inconfortables. Il existe aussi des raisons auxquelles l’on ne s’attend pas, comme le supposé manque de sécurité. « Nombre de mes amis se plaignent du peu de sécurité à Casablanca la nuit. Ils préfèrent rester chez eux au lieu de sortir voir un film », déplore Abdelhaï Laraki. La qualité des films programmés est également mise en cause. « Il y a beaucoup moins de grands films qu’avant. Les prix ont flambé à l’étranger. Les distributeurs doivent payer très cher les films qu’ils importent, et le parc ici n’est pas assez rémunérateur », précise le propriétaire de la salle Colisée. Tous les professionnels interrogés pointent également leur doigt sur le marché aux puces Derb Ghalef. Les C.D. y sont gravés et vendus à de petits prix. On peut s’y procurer des films pour des lecteurs DVD avant leur sortie en Europe ! « Le fait qu’on laisse faire en toute impunité est indigne », dit Nabil Ayouch. Certains cafés se substituent aussi aux salles de cinéma. « Ils projettent les films avant nous, sans que les autorités ne s’en émeuvent », renchérit Mohamed Layadi. Il n’existe pas non plus d’émission télé pour promouvoir les films et inviter les gens à aller au cinéma.
D’autre part, ceux qui imputent le petit taux de fréquentation des salles à la qualité des longs-métrages programmés sont particulièrement virulents à l’égard des films indiens. En effet, sur 350 films importés par an, 150 sont indiens. Les réalisateurs Abdelhaï Laraki et Saâd Charaïbi sont les plus violents contre ce cinéma. Il s’agit de films non doublés, même pas sous-titrés et qui gagnent comme la gangrène de l’espace dans les salles marocaines.
Des films achetés au kilo et qui bénéficient d’une distribution forfaitaire ! Pourtant, samedi dernier, l’on pouvait voir un spectacle auquel on n’assiste plus depuis très longtemps. Des billets de cinéma vendus au marché noir. Cela se passait devant le cinéma Colisée à Rabat. Une salle qui programme exclusivement des films indiens. Si cette tendance se confirme, il ne faut pas s’étonner de voir d’autres salles s’aligner sur l’exemple du Colisée de Rabat. Pourquoi les Marocains acceptent d’acheter au marché noir un ticket pour regarder un film indien et tournent le dos aux autres films ?

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