Limane : «On est en train de piller le Maroc»

Limane : «On est en train de piller le Maroc»

ALM : Le projet de restauration du site de Volubilis vient d’être lancé. Qu’en est-il de sa programmation ?
Hassan Limane : La restauration de ce site intervient quelque peu tardivement. Mais on va dire qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Ce projet est envisagé depuis plusieurs années. Et ce n’est que récemment que le ministère de la Culture a finalement pu le mettre en exécution. La communauté des chercheurs en archéologie avait exprimé auparavant, et à plusieurs reprises, la nécessité de protéger ce patrimoine. Cet accord relatif au projet de mise en valeur du site de Volubilis, signé mardi dernier, à Rabat, entre le ministère de la Culture et la Fondation ONA, vise la préservation de ce site classé patrimoine mondial par l’UNESCO. Volubilis étant l’image de notre patrimoine, ce travail aurait dû à mon avis être entamé depuis bien longtemps.

Concrètement, en quoi consiste cet accord?
Ce projet consiste en une mise en valeur du site de Volubilis, à travers une multitude de réalisations. Il s’agit de la construction d’un ensemble de bâtiments administratifs, d’un laboratoire de recherche, d’une réserve pour les objets trouvés lors des fouilles archéologiques et de maisons d’hôte. La construction d’un musée dans le site est également prévue. En archéologie, il y a deux grandes familles de sites : mineurs et majeurs. Et Volubilis fait partie des sites majeurs du pays, en plus des sites de Lixus, Challa, Zilil, Tamouda, Mogador…En procédant à sa restauration, on participe ainsi à l’enrichissement de nos connaissances sur notre Histoire. Une connaissance que l’on développerait, seulement et uniquement, à travers une nouvelle approche concernant la gestion de ce patrimoine. Il faut désormais traiter le dossier de ces sites archéologiques en tant que richesse à faire valoir sur le plan touristique.

Que suggérez-vous pour faire de ces sites archéologiques de véritables atouts touristiques ?
Les sites archéologiques sont un secteur qui devrait être étroitement géré par deux ministères : la Culture et le Tourisme. Pour le cas de Volubilis, c’est un site qui se situe entre deux villes impériales visitées par les touristes, Meknès et Fès. Si on tient vraiment à développer un tourisme culturel dans notre pays, il faut placer le site de Volubilis au cœur des circuits touristiques qui passent par cette région du Maroc, les autres aussi. Un package touristique à travers lequel les touristes puissent découvrir nos sites archéologiques. D’ailleurs, Volubilis est le site le plus visité au Maroc.

Certains sites archéologiques ont été saccagés et leurs trésors expatriés. Comment ces pilleurs ont-ils pu s’attaquer à ces précieux objets?
Généralement, ce sont les sites mineurs qui sont le plus dans le collimateur des pilleurs, parce qu’ils sont moins protégés. Au Maroc, nous continuons de vivre le phénomène des chercheurs de trésors qui visent essentiellement les tumulus (grand amas de pierres élevées au-dessus d’un sépulture, NDLR). Récemment, nous avons trouvé, dans la région de Meknès et El-Hajeb, des tumulus complètement saccagés. Le pillage touche également les pièces de monnaie, les céramiques et les gravures rupestres. On est en train de piller le Maroc. Il y a des touristes qui viennent spécialement pour chercher ces objets-là.

Que suggérez-vous pour arrêter cette hémorragie ?
Certains lient cette pratique de pillage à la pauvreté, mais je ne suis pas de cette avis. Comment peut-on vendre de tels objets alors que notre patrimoine n’a pas de prix ? La protection du patrimoine est l’affaire de tous. Il est temps de mener une campagne de sensibilisation envers les richesses que recèlent nos sites archéologiques.

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