Littérature : Henning Mankell, «un pied dans la neige et un dans le sable»

Littérature : Henning Mankell, «un pied dans la neige et un dans le sable»

La star du roman noir suédois, Henning Mankell, qui vit la moitié de l’année au Mozambique, dit avoir «un pied dans la neige et un pied dans le sable», sur cette terre africaine dont le père de l’inspecteur Wallander ne peut se passer depuis 30 ans. Invité d’honneur du Salon du livre de Paris qui se tient jusqu’au 21 mars, au côté de 40 écrivains nordiques, l’auteur de 63 ans, dont les polars se sont vendus à des dizaines de millions d’exemplaires dans le monde, a découvert l’Afrique… à Paris, quand il était adolescent. «A 16 ans, j’ai quitté l’école et la Suède pour venir à Paris. Je me souviens encore de mon arrivée Gare du Nord, j’avais un terrible mal de dent ! Je ne connaissais personne. J’y suis quand même resté un an et cela a été pour moi la meilleure université», raconte l’écrivain, gendre du cinéaste Ingmar Bergman, lors d’une rencontre avec le public. C’est là qu’il a connu de jeunes Africains, «aussi pauvres que moi mais généreux et qui m’ont donné envie de connaître ce continent. J’y vais depuis 30 ans et y retourne dans deux semaines», ajoute-t-il. Passionné de théâtre depuis toujours, il a monté une troupe au Mozambique, le «Teatro Avenida» et, pour cet homme très engagé politiquement, il importe d’observer le monde depuis un autre endroit que «notre Europe ethnocentrique». Si on lui demande quel est le centre de l’Europe, il répond que ce n’est ni Londres, ni Paris mais «la petite île de Lampedusa, au sud de la Sicile. C’est là que va se décider l’Europe que l’on souhaite pour demain», repliée sur elle-même ou qui accueille les immigrés. En juin 2010, il se trouvait aussi à bord de la flottille pour Gaza attaquée par un commando israélien. «Je suis un homme en colère» face aux injustices et aux inégalités, dit-il. La Suède, héroïne de ses polars, avec la ville d’Ystad, en Scanie, où vit l’inspecteur Kurt Wallander, «ce n’est pas le paradis, mais une société correcte où la parole est libre», reconnaît-il. «Il y a beaucoup de mythologie à propos de la Suède», ajoute l’auteur. Avec la neuvième aventure de Kurt Wallander parue en octobre 2010, «L’homme inquiet» (Seuil), portrait émouvant d’un homme qui sent sa propre vie lui échapper, Mankell a signé la dernière enquête du célèbre inspecteur désabusé. «Je n’écrirai plus sur Wallander mais je ne l’ai pas tué. Je n’ai pas fait la même erreur que Conan Doyle avec Sherlock Holmes, qui avait dû le ressusciter sous la pression des lecteurs», remarque l’auteur. «Mon héros est né en mai 1989, je l’ai noté dans mon journal intime. J’avais choisi un nom dans l’annuaire et j’en ai fait un homme ordinaire qui change d’avis, évolue. C’est pourquoi, aussi, il a du diabète», explique-t-il. Comme Flaubert avec Madame Bovary, Mankell pourrait dire «Wallander, c’est moi» : la fin de cette série s’explique par ma vie personnelle, confie l’auteur. «Je n’ai pas peur de la mort, ni de la souffrance. Ce qui me terrifie, c’est de perdre un jour la tête, la maladie d’Alzheimer (qui commence à toucher Wallander dans le roman). Je voulais parler de cela dans le livre, de ma pire crainte, et je crois que tout le monde respecte cela».- «J’écrirai d’autres romans, peut-être même des polars», assure l’écrivain ajoutant que le plus beau livre qu’il ait vu est, en Ouganda, celui d’une petite orpheline du sida. «Il renfermait seulement un papillon bleu. Et ce papillon, c’était pour se souvenir de sa mère qui les adorait…».

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