Marché international : Pas de crise pour l art contemporain

Marché international : Pas de crise pour l art contemporain

«Il faut croire que crise et marché de l’art sont des notions antinomiques». La déduction de Kenza Amrouk, directrice de l’agence d’ingénierie culturelle «la Kenza Amrouk Consulting», se justifie par les chiffres.
En bonne financière, la spécialiste de l’art suit les évolutions des marchés de l’art contemporain ici et ailleurs.
A l’échelle internationale, le marché de l’art contemporain avance à deux vitesses. Le  niveau le plus élevé est réservé à une minorité d’artistes internationaux bénéficiant d’une couverture médiatique à échelle internationale. «Seul un microcosme d’acheteurs peut se permettre d’investir des sommes dépassant les 100.000 euros et pouvant atteindre plusieurs millions pour posséder une œuvre de Jean-Michel Basquiat ou Jeff Koons», explique la spécialiste. Les chiffres s’affolent. En novembre 2012, les enchères à New York ont permis un nouveau record pour Michel Basquiat à 26,4 millions de dollars et un autre pour Jeff Koons correspondant à la coquette somme de 33,6 millions de dollars. Pollock aux enchères pulvérise les scores dans le même espace pour pas moins de 40,4 millions de dollars !
Il est clair que ce niveau de marché vise exclusivement les grands collectionneurs internationaux, les musées, les institutions et les galeries prestigieuses.
«Un second marché plus accessible se rapprochant de la consommation de luxe mise sur un prix d’entrée de  3.500 euros», poursuit Kenza Amrouk.
Dès lors, l’art devient le luxe absolu. «Faire partie de cette catégorie sociale, disposant de moyens financiers très élevés et intellectuellement supérieurs, devient une sorte de motivation concrétisée par l’acte d’achat».
Une demande forte et continue, un volume croissant des transactions, une multiplication du nombre d’acteurs (vendeurs, artistes, acheteurs … ) et des prix augmentant en découlent.
Pour rappel, l’indice mondial de l’art contemporain signe son décollage en 2003 après avoir subi une stagnation durant pas moins d’une décennie. Le marché suit alors une hausse de 15% jusqu’en 2006 pour s’affoler l’année qui suit. Il résistera au marasme économique jusqu’en septembre 2008. L’année suivante le plonge dans la crise.
Dès lors le repositionnement des maisons de vente aux enchères grâce à l’arrivée de nouveaux collectionneurs permet de refaire démarrer la machine. Les prix sont garantis et les estimations à la hausse stoppées…
En 2011, le marché international est marqué par une hausse des volumes de ventes de 15% (ventes aux enchères).
L’acte d’achat devient plus raisonné chez les acquéreurs. «L’achat «coup de cœur» est aujourd’hui accompagné de plusieurs interrogations liées au choix de l’investissement, à la valeur pérenne de l’œuvre d’art et à la plus-value potentielle», explique la conseillère artistique.  

La fixation des prix en France

«Le prix des œuvres d’art englobe différents médiums ou supports comme la photographie, la vidéo, l’installation, la sculpture et bien sûr la peinture». Kenza Amrouk a son mot à dire sur cet aspect puisqu’elle est au service, depuis des années, du management de l’art en France. En clair, le prix doit intégrer la cote de l’artiste, le format de l’œuvre majoré des frais de production engagés. «Contrairement à ce que l’on peut croire, la cote de l’artiste n’est pas fixée par les maisons de vente aux enchères qui raisonnent plus en termes d’estimation. Les résultats de ces dernières constituent une base de données importante  pour les analystes spécialisés en Art & Courtages. Les chiffres leur permettent d’analyser puis définir les tendances du marché». Il s’agit là du moyen le plus facile pour avoir accès aux chiffres ; les galeries demeurant réticentes dans la divulgation des prix des œuvres d’art.
Pour les galeristes, les artistes et autres professionnels du milieu, le prix réel se fixe par rapport à plusieurs critères. Le nombre d’expositions réalisées dans des lieux cotés (musées, galeries, grandes manifestations internationales…) représente un facteur indéniable. «Quand un artiste est coté, son travail est généralement très demandé pour faire partie aussi des grandes expositions collectives». Le nom de la galerie représente un second critère sans équivoque dans la fixation de l’œuvre d’art. Il est important que l’œuvre fasse partie des collections prestigieuses de telle sorte à ce qu’elle soit davantage cotée. En outre, le fait que l’œuvre ait intégré des institutions publiques et privées de renom influence son prix.
«Bref, plus ses œuvres et ses éditions (en ce qui concerne la photographie, la vidéo et l’installation, il y a plusieurs éditions) s’écoulent de manière  prestigieuse, plus le prix de ses nouvelles œuvres augmentera», conclut la spécialiste des œuvres d’art.
Tout ceci démontre la complexité quant à la fixation des prix des œuvres d’art. Le marché national devra s’imprégner des pratiques de l’étranger pour afficher les prix les plus réels en fonction des œuvres de chaque artiste selon des critères similaires. L’opportunité à l’art marocain de s’exporter serait chose plus aisée. Certains l’ont compris, d’autres continuent à afficher des prix de manière subjective en fonction de leurs perceptions et leur entourage propre sans se soucier des données du marché. La mondialisation vient toutefois rappeler la nécessité de normaliser car la surenchère peut être bénéfique et rentable un jour mais elle peut se retourner contre son propre bénéficiaire. A bon entendeur salut !

En clair, les collectionneurs recherchent des valeurs sûres. «Les dernières ventes aux enchères de novembre 2012 ont confirmé la prédominance de la création de l’après-guerre sur tout le reste du marché de l’art. Celui de la seconde moitié du 20ème siècle  supplante définitivement  l’art plus ancien.  Mais attention, les œuvres proposées sont de qualité, bien établies, représentant indéniablement des chefs-d’œuvre».
Autre nouvelle particularité du marché mondial de l’art, l’origine des plus gros collectionneurs qui se trouvent désormais en Chine. Une Chine marquée par la présence de nouveaux riches. «L’année dernière les plus grandes galeries internationales ont ouvert un espace à Hong Kong et la Art Basel (plus importante foire d’art au monde) s’est associée en donnant son nom à la foire d’art hongkongaise», précise Kenza Amrouk.
Le diagnostic est plus qu’établi et les artistes marocains devront tenir compte de ces nouvelles donnes pour exporter leur art. Car au-delà de la sensibilité artistique, la pérennité du marché national et la notoriété des artistes marocains dépendent de l’évolution du marché de l’art ailleurs. Ils sont plusieurs artistes marocains à en avoir saisi les enjeux. Ils sont aussi nombreux à avoir enrichi leurs parcours par des expositions à l’étranger.

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