«Mon travail ne se fige pas dans une dichotomie quelconque»

ALM : Ce qui nous attire dès  notre premier contact avec les toiles de Asmae El Ouariachi c’est cette étonnante fusion des couleurs et des thèmes s’agit-il d’un choix délibéré ou d’appartenance à un mouvement artistique ? 
Asmae El Ouariachi : Mon travail d’artiste-peintre ne se fige pas dans une dichotomie quelconque. La figuration ou l’abstraction sont des outils de réflexion sur une matière ou une thématique.  Certains préfèrent mettre en évidence des êtres ou objets alors que d’autres sont plus orientés vers l’éclosion des styles et l’éclatement des couleurs. Et lorsqu’on opte pour un effet de collage pour redimensionner les reliefs et les expressions imagées, on est aussi bercé dans une tendance qui   ancre tes toiles dans une culture spécifique. Et c’est ce que je préfère exprimer à travers mes tableaux.

Vos toiles lorsqu’ elles ne mettent pas en géométrie variable les couleurs du terroir, elles s’imprègnent de signes révélateurs. Que représentent pour vous les monuments historiques, les danses folkloriques  et les tifinaghs ?
Les caractères de l’écriture amazighe comme d’ailleurs ceux de plusieurs langues, sont des  scriptes véloces et lestes qui  donnent à la toile un horizon multidimensionnel. En somme, ce n’est plus une écriture de circonstance mais une substance sensible singulière qui sous-tend une culture de signes riches en connotations ou dénotations. Les tifinaghs, en tant que support artistique, sont comme la calligraphie arabe substance et matière à réflexion ; spécificité culturelle  et apport personnel à une toile en éternelle évasion.  Elle n’est  soustraite de rien, mais dont on ajoute d’autres réalités se rapportant  à la fonction référentielle du message. Les lettres et les monuments de nos villes  sont alors notions qui nous prémunissent contre la commodité des interprétations réductives de créativité.
La peinture qui allie couleurs, formes et signes est une insurrection permanente contre les nouvelles conformités. Les voies de l’enthousiasme et du savoir-faire dessinent  les jeux de la lumière, les mouvements de la matière sur la toile, le miroitement des couleurs et leurs nuances raffinées qui spécifient toute création. Tout cela,  je le vois dans les danses du Souss, les chants de l’Atlas et les tatouages du Rif.

La toile de jute est devenue le support par excellence des vos toiles, s’agit-il d’un choix intentionnel ou d’une nécessité artistique ?
La toile de jute est un tissu comme tant d’autres. C’est un outil et un support de travail à l’instar des bijoux  que j’exploite pour spécifier mon ancrage dans mon espace socioculturel précis. Ainsi je peux présenter un paysage ou une idée à partir d’un signe référentiel. Les bijoux berbères sont  porteurs de significations comme d’ailleurs le tatouage ou le henné. Ainsi les «khamissa», émaux, fibules, colliers, parures, boucles, bijoux frontaux ou pectoraux  redimensionnent la particularité et la spécificité des toiles  qui s’inspirent du vécu. Seulement la cohérence est essentielle lorsqu’on travaille sur des motifs représentant des graphismes locaux et des pourtours originaux. La tâche est ardue pour des raisons de commodité car des fois, la jute est très encrassée et il faut l’imbiber de manière à nuancer les anomalies des matières et de pouvoir ventiler le tout de bijoux traditionnels.  C’est tout un exercice artisanal et artistique qu’il faut contenir pour réussir la rigueur des surfaces somptueusement animées.

D’autres matières comme le brou de bois ou les grains de sable donnent à certains de vos tableaux une dimension triptyque. Qu’en est il ?
 Je pense que c’est la matière qu’elle soit vive, morte ou en verve, qui exerce sur nous un charme aux dimensions multiples. Et c’est à partir de cette provocation que se fondent sur mes toiles les matières de base de mon travail. C’est à partir de là, que je tente de fusionner la matière en sable ou récupérée d’anciennes toiles pour réaliser d’autres créations.
De son côté le brou de noix, ce liquide brun, utilisé comme encre d’écriture par nos aïeux me permet de retoucher l’ensemble de la toile d’une passionnante aquarelle engendrée par le dynamisme interne des matériaux.
En somme, vous êtes en quête de subtils collages de matières pour conférer à vos toiles l’élégance conférée aux différents signes qui vous interpellent.
Oujda et l’Oriental étaient mes premières sources d’inspiration. C’est l’espace qui m’a vue grandir et l’école qui m’a orientée sur la voie des arts plastiques. Ceci dit, le patrimoine national dans son ensemble notamment les danses folklorique se mêlent, s’interpellent, se complètent et me confortent plus dans  mes choix  triptyques. Mon grand souhait plastique est de peaufiner dans le sens de la communion parfaite ces différents matériaux pour en faire une œuvre compacte de la création dans sa dimension plurielle.

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