Portrait : Ferroukhi raconte son «Grand voyage»

Portrait : Ferroukhi raconte son «Grand voyage»

La passion d’Ismaël Ferroukhi pour le cinéma a été motivée par l’envie de raconter des histoires. « Ce qui m’a encouragé à faire du cinéma, c’est surtout mon envie d’écrire, de raconter une histoire. C’est ainsi que j’ai décidé de me lancer dans le 7ème art et plus particulièrement la réalisation ». Heureuse coincidence, Ferroukhi, qui se trouve aujourd’hui à Tanger, a été révélé en 1995 par le Festival national du film organisé dans la même ville du détroit.
Le cinéaste était venu présenter son premier «bébé» : «L’Exposé» réalisé en 1992. L’idée du film a fait sensation. Un immigré marocain en France fait un exposé sur son pays d’origine, le Maroc. Avec ce court-métrage de 24 minutes, Ferroukhi marque son entrée dans l’univers du cinéma. Suivant la tradition cinématographique, il a commencé par se forger un style à travers les courts-métrages. Après «L’Exposé», place à «L’inconnu» où la célébrissime Catherine Deneuve campe le rôle principal. L’apparition de cette vedette du cinéma international a contribué à faire découvrir en France l’œuvre de Ferroukhi. C’est l’histoire d’une jeune femme qui rencontre un sans domicile fixe (SDF) dans un parking et elle décide de l’héberger. Cette expérience donne au réalisateur plus d’assurance. Plus confiant, il réalise son premier long métrage : «Le grand voyage».
«Après mon premier court-métrage «L’exposé» , qui a été favorablement accueilli par les critiques et les cinéphiles, j’avais fortement envie de réaliser d’autres films. Ce succès m’a encouragé et m’a propulsé dans le métier du 7ème art». En 1998, il donne le premier coup de manivelle à ce long métrage.
Dans  le scénario de ce film, Ferroukhi se base sur une histoire qu’il avait personnellement vécue : le long voyage de son père pour la Mecque. «Lorsque j’avais 14 ans, mon père a fait ce périple jusqu’à la Mecque en voiture». Et d’ajouter : «Ce périple, un peu fou, m’a donné l’envie d’écrire le scénario de ce film. J’ai donc repris cet itinéraire jusqu’à la Mecque et j’ai voulu faire vivre ce voyage à travers deux personnages principaux, le père et le fils». Le rôle du père campé par Mohamed Majd, celui du fils Réda joué par Nicolas Cazalé. Ces deux personnages principaux ont du mal à s’entendre vu leur grande différence d’âge. Le film relate donc la question du conflit de générations. Le voyage sera un prétexte pour les enfermer ensemble, eux qui ont tellement de mal à s’entendre. Les protagonistes seront forcés à communiquer. «En les enfermant dans une voiture, c’est une façon de forcer le dialogue.
Dans le contexte du voyage, les deux personnages ne peuvent plus s’éviter, ils ne peuvent plus fuir la confrontation. Ils sont obligés de se parler », explique le réalisateur. C’est une expérience de vie que Ferroukhi offre à son spectateur. Des images expressives où tout au long du film, l’émotion va crescendo. «Grâce à ce voyage, les personnages apprennent énormément. Le père et le fils vont finir par se rejoindre», précise le cinéaste. En effet, vers la fin du film, le père et le fils finiront par s’entendre, mais le drame arrive, le père meurt. Le fils, lui, aura tout de même profité des derniers moments de sa vie pour s’approcher davantage et se réconcilier avec son géniteur.
Le message de Ferroukhi est clair : sensibiliser aussi bien les jeunes issus de l’immigration que l’ancienne génération, arrivée il y a très longtemps en France, sur la nécessité de l’entente. Ce qui n’est pas chose facile, reconnaît-il. La tâche de Ferroukhi lui même n’a pas été de tout repos non plus. «J’ai mis cinq ans à réaliser ce film» a-t-il déclaré. Sagissant du tournage en Arabie Saoudite, Ferroukhi raconte : «Pour tourner en Arabie Saoudite, c’était très compliqué. L’autorisation qu’on avait décrochée à l’ambassade de l’Arabie Saoudite en France, n’avait plus beaucoup de valeur sur place. Les responsables locaux semblaient ne pas avoir l’habitude d’accueillir une équipe de cinéma qui a besoin de tourner deux ou trois fois la même scène». Mais in fine Ferroukhi a réussi son pari : «Finalement, tout a fini par s’arranger». Ce long métrage a remporté plusieurs prix dont «Le lion du futur», prix de la meilleure œuvre du festival de Venise en 2004. Au Maroc, c’est au Festival international du film de Marrakech que ce film fut présenté pour la première fois au public marocain.
Pour la seconde fois, «le Grand voyage» a été projeté dans son pays natal lors de la compétition du Festival national du film à Tanger. Un film qui a eu droit à des applaudissements chaleureux. Un succès immense.

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