Portrait : Khouyi, le beau destin d’un acteur

Portrait : Khouyi, le beau destin d’un acteur

Peu prolixe, c’est son visage qui reste généralement le plus expressif. De premier abord, son « salamalec » se traduit par un sourire mystérieux qu’il laisse entrevoir derrière des moustaches touffues. De plus près, son regard dégage une raie à travers ses binocles transparents. Une espèce d’aura comme seuls les êtres profonds en possèdent. Mohamed Khouyi en est un. Son calme légendaire en dit long sur sa nature abyssale.
Son mystère, il ne tient pas du prodige. M. Khouyi est comme on dit « fils de son œuvre ». Derrière son succès actuel incontesté, il y a de la sueur. En témoigne, pour ceux qui le connaissent de près, un parcours atypique.
Né en 1960, dans le douar des « Azzaba », situé dans les environs de Kelaât Sraghna, M. Khouyi aura été marqué à vie par le passé militaire de son père. Ayant servi dans l’armée française, à l’époque de la Deuxième Guerre mondiale, ce dernier aura élevé son fils dans l’amour de la rigueur et de la discipline. Resté sain et sauf, l’ancien soldat a également réussi à épargner une somme d’argent qui lui aura permis, relate M.Khouyi, d’acheter plusieurs terres dans la région natale. Mais l’avenir de la famille, c’est plutôt à Rabat qu’il allait être scellé.
En 1967, la famille Khouyi mit le cap sur le «Akkari », l’un des quartiers populaires de la capitale. Ce déplacement vers le centre sera bénéfique pour le petit Mohamed, alors âgé de 7 ans. Parallèlement à ses études, il fréquentera les différentes maisons de jeunes avoisinant son domicile pour nourrir sa passion pour le théâtre. M. Khouyi se souvient avec affection de « Madagascar » et « Allimoun », deux maisons de jeunes où il fit ses premiers pas. Cette période s’étend de 1975 à 1979. Après, le jeune Khouyi franchira un grand pas… vers le professionnalisme. Il sera admis sur concours à « l’Atelier d’art dramatique », troupe du théâtre national Mohammed V.
L’arrivée de Abbas Brahim, après des études de mise en scène en France, marquera un nouveau tournant dans le parcours du jeune comédien. « C’est à Abbas Brahim que revient le mérite de m’avoir inculqué les bases de l’interprétation », reconnaît-il. C’était parti pour une belle aventure théâtrale, jalonnée de plusieurs créations à succès : « Assoôd ila al monhadar arramadi » (texte de Ahmed Jomoâ, auteur dramatique bahreïni), « Tahat w’jbarnaha », « Al ghazal », « Al Manzah»… En 1987, changement de cap. M. Khouyi sera sollicité par Jamaleddine Dkhissi pour jouer dans la pièce « Mihrajan al mahabil ». « Le travail avec M. Dkhissi m’a permis d’apprendre un autre style de théâtre, d’autant plus que ce metteur en scène venait à peine de rentrer de l’ex-URSS où il fit des études de dramaturgie », se réjouit M. Khouyi. « Grâce à M. Dkhissi, j’ai appris la méthode Stanislavski », ajoute-t-il. « Il était question de savoir comment adhérer parfaitement à son personnage », explique-t-il.  En 1989, Abdelouahed Ouzri, qui venait à peine de rentrer de France, fera appel à M. Khouyi pour un rôle dans une pièce adaptée d’un texte de l’écrivain syrien Mohamed Al Maghout, en l’occurrence «Hikayat bila hodoud ».
Dans cette pièce, M. Khouyi partagera les premiers rôles. Cette expérience marque le début d’une amitié fructueuse entre Kouyi et Bastaoui, deux figures incontournables de la scène artistique nationale. Ils travailleront côte à côte pendant 7 ans, dans la troupe « Masrah Shems » (Théâtre du Soleil). « L’idée de créer cette troupe vit le jour au Caire, lors du Festival international du théâtre expérimental. Nous devions y représenter notre pays avec la pièce « Samak Al qirch », moi, Abdelati Lembarki, Amin Benyoub, Abdelmajid Al Haouass et l’auteur Youssef Fadel », se rappelle M. Khouyi. De retour au pays, l’idée prit forme.
Ce fut le début d’un parcours riche en créations : «Khobz wa hajar », «Fantasia», « Aoulad Lablad », « Bouhafna», etc. Homme de théâtre, M. Khouyi a pu également installer une tête à la télévision. Sa première expérience à la télé remonte à 1989, lorsqu’il a tourné dans le télé feuilleton « L’ombre du passé » de Mohamed Atéfi. Après, les propositions se succéderont : «Siraâ » (Lutte) de Chakib Benomar, «Aoulad Ennas » et « Jnane el karma » de Farida Bourqia, « Serb lahmam » de Mohamed Atéfi… Entre-temps, M. Khouyi s’est vu proposer plusieurs rôles dans différents films nationaux : « Un amour à Casablanca » d’Abdelkader Lagtaâ, « Yacout » de Jamal Belmejdoub, « A la recherche du mari de ma femme » de Mohamed Abderrahmane Tazi, « Konouz Al Atlas » de Mohamed Abbazi, « Soif » de Saâd Chraïbi, « Destin d’une femme » et « Jawhara » de Saâd Chraïbi, « Tarfaya » de Daoud Aoulad Syad et… un film d’Abdelhay Laraki à sortir prochainement, « Ghadab » (Colère). Un parcours à la limite d’une véritable odyssée épique.

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