Quand le cinéma asiatique inspire Hollywood

Quand le cinéma asiatique inspire Hollywood

«Je suis tellement ému, tellement ému », a déclaré Martin Scorsese, serrant son Oscar. Ému, mais aussi surpris de voir son film "The Departed" (Les infiltrés) primé par l’Academy Awards. Le commentaire de la presse internationale a été unanime. Le Prix est la récompense d’une longue carrière de celui que l’on a surnommé pendant longtemps l’éternel perdant. Il aura donc fallu 26 ans pour que Martin Scorsese soit enfin reconnu par les siens. Pourtant pour Scorsese, "The Departed" n’est qu’un retour aux sources.
Après des productions à gros budgets, il est revenu avec un film de gangsters comme au beau vieux temps. Si ce film ne ressemble pas beaucoup à ses précédentes oeuvres, le réalisateur de "Casino" ne s’est pas éloigné de ses vieux repères. Même la bande sonore rappelle les anciens succès de Scorsese. "Gimme Shelter", le titre des Rolling Stones, est présent dans la bande originale de ce film, après avoir déjà figuré dans "Les Affranchis" et même "Casino".
La presse de Hongkong s’est, pour sa part, réjouit du triomphe de Martin Scorsese."The South China Morning Post" a rappelé que ce film est un remake du blockbuster hongkongais "Infernal Affairs". «Certes, le long-métrage de Martin Scorsese se déroule à Boston, et non plus à Hongkong», explique le journal, « mais il y a quand même beaucoup de séquences tirées du film original ». Ce n’est pas la première fois qu’un réalisateur américain s’inspire d’un film asiatique. Ces dernières années, le cinéma asiatique a connu une grande mutation. Une nouvelle génération de jeunes réalisateurs a vu le jour.
Andrew Lau Wai-Keung, réalisateur du film ayant inspiré Scorsese, en fait partie. À Hongkong, les polars sombres et terrifiants sont un créneau en vogue. Plusieurs metteurs en scène s’amusent à créer des univers où le bien et le mal se confondent. Pour combattre le crime, les policiers n’hésitent pas à employer des méthodes pas trop conventionnelles. Fini le temps des films des arts martiaux. Désormais, bienvenue dans les quartiers pourris de Hongkong. Tout comme "Infernal Affairs", les films de gangsters hongkongais se distinguent par leurs scénarios crus et explosifs avec parfois des conclusions logiques et morales.  Il s’agit de films violents. Extrêmement violents. Mais cette violence n’est jamais gratuite contrairement aux films de Kung Fu. 
Après le départ des plus grands cinéastes aux USA (John Woo, Ringo Lam, Kirk Wong…), le polar hongkongais avait du mal à se renouveler. Une crise qui, cependant, n’a pas trop duré. D’autres réalisateurs comme Patrick Yau, Daniel Lee ou Patrick Leung (Beyond Hypothermia) assurent la relève.
Un autre jeune réalisateur brillant, japonais cette fois-ci, s’est vite fait un nom sur la scène cinématographique mondiale. Il s’appelle Hideo Nakata. Né en 1961, ce diplômé de l’Université de Tokyo s’est imposé comme le maître incontesté des films d’horreur. Son deuxième film, « The Ring », sorti en 1998, magnifiquement effrayant a connu un succès planétaire.
Le scénario du film est simple, original, intelligent, mais surtout… terrifiant. Il raconte l’histoire d’une journaliste enquêtant sur une rumeur qui circule autour d’une mystérieuse cassette. Il s’agirait d’une vidéo maudite qui provoquerait la mort pile une semaine après qu’on l’ait regardée. Dans ce film, devenu culte, Hideo Nakata n’a rien laissé au hasard. Bande sonore, décor, scénario… tout est effrayant. L’horreur va crescendo et le spectateur est témoin impuissant d’une lente descente aux enfers. Un véritable petit bijou pour les amateurs de frissons. Le chef d’œuvre de ce metteur en scène hors pair a fasciné les producteurs d’Hollywood. Le cinéaste américain, Gore Verbinski, réalisateur de la trilogie des «Pirates de Caraïbes», a pris le risque d’«américaniser» le film. Comparé à l’original, le résultat est très décevant. Si le remake de Ring a eu un succès, c’est parce que le public américain ne connaissait pas le film original.
Les réalisateurs hollywoodiens, en panne d’inspiration, ne se gênent plus de copier, parfois avec maladresse, des films asiatiques. Seuls quelques rares cinéastes américains sont capables de faire d’une adaptation un chef d’œuvre comme c’est le cas de Scorsese. Avant lui, John Sturges avait réalisé, en 1960, son meilleur film : «Les Sept Mercenaires» qui resta dans les annales d’Hollywood. Ce western n’était autre que le remake d’un long-métrage japonais sorti quelques années auparavant qui s’intitulait «Les Sept Samouraïs».

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