Réactions : Le nouveau cinéma marocain est arrivé

Rachid Fekkak, acteur : «Les jeunes réalisateurs incarnent une des aspirations de la jeunesse marocaine»
Les jeunes réalisateurs marocains sont très motivés au niveau de ce que l’on peut appeler «le désir d’arriver». C’est une recherche de reconnaissance par leur société et généralement par l’Autre avec un grand «A». Et cette motivation, on peut la comprendre comme une réaction légitime pour s’émanciper et se libérer du poids du passé qui étouffait la jeunesse marocaine. Et donc, ces jeunes réalisateurs incarnent une des aspirations de cette jeunesse marocaine à l’émancipation et dans ce sens, on peut dire qu’il y a une auto-psychanalyse. Dans le Maroc d’aujourd’hui, ils peuvent s’exprimer dans une large mesure. On l’a vu au Festival de Tanger, il y a des films tres osés. A mon avis, le rôle joué par le cinéma marocain remplace une grande part la fonction qu’avait jouée l’intelligentsia dans d’autres sociétés, notamment aux 19 et 20èmes siecles. Et c’est tout a fait normal parce que dans notre présent, l’outil de la communication et de la remise en question de ce que l’on peut appeler l’Etre passe par l’outil de l’image plus que par le livre.
Cela ne veut pas dire que tout est fait, il manque encore un autre niveau : l’apport de ce que l’on peut appeler les institutions de l’Etat, de la société civile, des opérateurs économiques et des ‘ ‘investisseurs’’ pour être en synergie avec le potentiel représenté par le cinéma marocain. Maintenant, ce qui manque, c’est que ce capital financier national privé, tant qu’il n’entre pas dans l’industrie du cinéma, cela constituera toujours un blocage à la motivation dont on a parlé. Or, normalement, dans l’esprit de l’entreprise capitalistique et libérale, il aurait fallu qu’elle exploite tous ces efforts, cet élan et ces possibilités pour faire rentrer au pays des devises, tout en participant à jouer son rôle de moteur du développement culturel. 
    
Salaheddine Benmoussa,  acteur : «Un nouveau souffle pour le cinéma marocain»
Nous assistons à une nouvelle génération de réalisateurs marocains dont nous avons pu découvrir le talent lors du Festival du court-métrage il y a deux ans à Tanger. C’était une véritable joie de pouvoir découvrir cette nouvelle vague. Nous remarquons que le choix du scénario est bien ciblé. C’est un cinéma qu’il faut encourager car il contribue à enrichir le champ culturel.
Cependant, nous ne pouvons pas ne pas faire part de  quelques-unes de nos préoccupations. Nous avons peur des coproductions car elles véhiculent parfois des idées qui montrent le colonisateur comme étant gentil. Je pense que le coproducteur ne doit pas imposer des idées à contre-courant de l’histoire du réalisateur d’origine. Certains producteurs se permettent de changer même le scénario du film. Je pense qu’il faut que les réalisateurs soient très prudents et défendent les valeurs de nos ancêtres.

Adil Semmar, directeur du portail Maghrebarts : «Les cinéastes “nouvelle génération “
investissent le Maroc profond»

Les cinéastes marocains appelés réalisateurs de la nouvelle vague ont une chose en commun : ils investissent le Maroc profond. Ils donnent une approche réelle et réhabilitent le quotidien. C’est une approche nouvelle qui mérite d’être encouragée. Cependant, c’est un peu triste lorsqu’on remarque que le meilleur cru du cinéma marocain se fait à l’étranger avec des fonds, dans leur majorité, étrangers. Ces réalisateurs ont recours aux financements d’ailleurs lorsque leurs projets sont refusés par la Commission du fonds d’aide. C’est le cas des «Yeux secs » de Narjiss Nejjar ainsi que «Les fibres de l’âme » de Hakim Belabbès.
Ils n’ont pu avoir qu’un soutien en post- production. Le plus intéressant aurait été de les aider dans leurs projets de films. Malgré tous ces inconvénients et toute la polémique qui se crée autour, les films de cette génération ne sont pas en rupture avec le cinéma marocain.

Rachid Cheikh, président de la Chambre marocaine des techniciens et créateurs de films : «une nouvelle percée»
L’arrivée de ces jeunes réalisateurs sur la scène cinématographique nationale est à saluer. Leurs travaux apportent une nouvelle touche et permettent au public d’avoir plus de choix. Auparavant, la production cinématographique était limitée. On pouvait compter sur le bout des doigts le nombre de films produits par an. Actuellement, nous assistons à la percée de jeunes réalisateurs qui donnent un nouveau souffle au cinéma.
Durant cette compétition, j’ai beaucoup apprécié « Week-end » de l’ancien animateur télé Rachid Haman et « La jeune femme et l’ascenseur » de Mohamed Nadif. Dans ce dernier court-métrage, le thème abordé a été traité avec une singulière profondeur. « La jeune femme et l’ascenseur» nous a révélé que Mohamed Nadif, qui fait ses premiers pas dans la réalisation, a un œil technique. Vous savez, un acteur, qui a une bonne expérience dans le cinéma, pourra facilement faire une carrière dans la réalisation.

Abdelkader Lotfi, acteur : «le court-métrage est un tremplin vers l’agrément»
Certains réalisateurs font des courts-métrages rien que pour avoir un agrément! Il y a même ceux qui réalisent trois courts-métrages à la fois rien que pour cela.
A vrai dire, le court-métrage est un exercice difficile, puisqu’il faut raconter une histoire en un laps de temps très réduit. S’agissant des jeunes comédiens qui entament leur bonhomme de chemin dans la réalisation, je vais dire que ce n’est pas quelque chose de nouveau.
Sous d’autres cieux, de grands réalisateurs étaient au départ des acteurs. Passer des années et des années dans les tournages sous la direction de différents réalisateurs est une véritable expérience. A force de les fréquenter, un acteur pourra réussir ses premiers coups de manivelle.  

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