Un coffret musical anthologique

C’est un travail colossal. 30 CD. répartis dans plusieurs coffrets. Chacun comprenant un livret en deux langues : français et arabe. Plus de 34 heures d’écoute d’un patrimoine exhaustif. L’anthologie de la chanson marocaine a été réalisée par le Ministère de la Culture et de la Communication grâce à une convention signée avec Maroc-Télécom qui a financé le projet. Le musicologue Ahmed Aydoun a supervisé cette réalisation.
Cet homme qui a déjà écrit un livre intitulé « Musiques du Maroc » connaît bien son sujet. Il a observé une répartition géographique qui rend compte des traditions musicales propres à chaque région. Il ne faudrait pas croire qu’il s’agit seulement de chansons dites folkloriques. Des formes populaires, vivantes, qui se jouent partout et se font particulièrement apprécier lors des fêtes et des mariages, sont présentes. À commencer par Al Aïta qui s’est développée dans les plaines bordant l’Atlantique avant de faire des émules dans plusieurs régions du Maroc. Il existe des enregistrements qui montrent l’aspect initial de cette forme qui se caractérisait par une introduction lente, suivie d’une partie rapide. Le rythme joué n’imposait pas d’emblée la danse.
Aujourd’hui, Al Aïta est dansante depuis le début jusqu’à la fin. Plusieurs troupes de cheikhates ont été invitées pour jouer Al Aïta, mais également des stars comme Mohamed Rouicha et Hajib. La chanson rifaine, qui ressemble à des duels d’improvisations poétiques accompagnés par le chant, est également à l’honneur. La qualité des enregistrements sur C.D. doit permettre de distinguer les sons produits par les instruments propres à cette région. Ils sont nombreux : Biniyu (cornemuse faite de peau de bouc), Tamja (grande flûte en roseau), Zamar (flûte double), Gayta (hautbois populaire), Adjun (tambourin sur cadre). La chanson hassanie du Sahara est également représentée dans cette anthologie. Elle se traduit par une synthèse entre la rythmique berbère et celle de la Mauritanie du Nord. Des chansons fondées sur la possession comme les Hmadcha sont également présentes. D’autres formes recensées dans cette anthologie, n’intéressent pas une région, mais une ville. Ainsi la Daqa marrakchia qui repose sur une confrontation entre plusieurs instruments à percussion, et qui est portée à son comble, lors de la dernière phase, par l’entrée des instruments à vent.
C’est un modèle de crescendo qui a inspiré, semble-t-il, Maurice Ravel pour la composition de son célèbre Boléro, lors de son séjour au Maroc. D’autre part, les chanteurs et musiciens se sont déplacés dans deux studios à Rabat pour réaliser les enregistrements : « Sham’s Al Maghrib » et « Adouwaâ al Madina ». L’opacité entoure le choix des artistes qui ont été sélectionnés. Les studios « Sham’s Al Maghrib » ont eu l’amabilité de nous communiquer les noms de ceux qui ont enregistré chez eux. Oualad Buazawi pour Al Aïta, un groupe de Smara pour la Quedra, Hajoui pour les chants de l’Atlas, la troupe Jilala pour la Hadra, les Hmadcha de Meknès, le groupe Nissoui de Tanger et le groupe gharnati de Oujda. Il apparaît ainsi que l’éventail de cette anthologie est large, parce qu’il englobe aussi des chansons de l’andaloussi.
Cette anthologie préserve un patrimoine précieux. Elle permet aussi une écoute de qualité. Il reste maintenant au Ministère de la Culture de commercialiser cet ensemble de coffrets pour qu’un grand nombre de personnes en profitent. Plusieurs réalisations de ce Ministère ne quittent jamais les circuits labyrinthiques de ses caves.

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