Un vent de réforme

ALM : Le Service de coopération et d’Action culturelle (SCAC) consacre un budget important à la culture ?
Jean-Christophe Deberre : C’est un budget important. D’abord en raison de l’existence d’un grand nombre d’établissements culturels. La France entretient au Maroc dix Instituts français (Rabat, Casablanca, Kénitra, Marrakech, Agadir, Fès, Meknès, Tanger, Tétouan, Oujda), subventionne un comité d’Alliance à El Jadida et accompagne la création d’une seconde alliance à Essaouira. Cela fait en tout douze établissements culturels.
Ce nombre détermine les moyens qui leur sont affectés. Le budget réservé à la coopération culturelle au SCAC s’élève à 60 millions DH, celui des Instituts français est de l’ordre de 100 millions DH. Ce dernier comprend 50% de subvention de l’Etat et 50% de ressources propres.
On dit que ce budget a été réduit ces deux dernières années…
Bien au contraire, il a augmenté !
On sent un petit changement dans les programmes des I F ?
Le parti que nous avons pris dans le service de coopération qui parraine les IF, c’est de considérer que leurs actions de diffusion relatives aux spectacles, aux expositions et aux manifestations diverses ne peuvent se faire indépendamment de la réalité artistique au Maroc.
Il nous paraît à cet égard que ces établissements doivent prendre en considération l’évolution du partenariat entre le Maroc et la France en développant des actions culturelles locales.
Votre service oriente ces établissements en vue d’établir des partenariats de plus en plus étroits avec les acteurs de la vie culturelle marocaine ?
Oui ! Il y a d’ailleurs plusieurs raisons à cela. Le Ministère des affaires étrangères français a entamé depuis deux ans une réflexion importante sur la mission des établissements culturels dans le monde. Ces établissements ne peuvent pas initier une même politique culturelle dans toutes les régions de la planète. Il faut qu’ils l’adaptent aux potentialités artistiques de chaque pays.
Ce qui nécessite des réformes…
Les établissements culturels français sont appelés à devenir des maisons de la coopération. Ces maisons sont certes un diffuseur de la culture française et francophone, mais aussi un acteur de coopération locale. Elles n’entendent pas se substituer aux institutions locales, mais accompagner l’émergence de la création nationale, voire de structures, qu’elles soient étatiques, communales ou associatives. Au Maroc, nous avons approfondi ce concept de maison de la coopération. Et c’est pour cela que les manifestations en partenariat avec des artistes marocains sont de plus en plus nombreuses.
Est-ce que vous trouvez chez les directeurs des IF une écoute attentive par rapport au concept de maison de la coopération ?
D’abord, le recrutement des directeurs des I F a changé. Quand vous regardez les directeurs actuels, ils sont tous des professionnels de la culture. Ce recrutement-là a développé une sensibilité aiguë au regard de la corrélation d’un établissement culturel avec son milieu. Il faut reconnaître aussi que non seulement ces directeurs n’ont aucune difficulté à accepter cette petite réforme, mais ils l’attendaient ! Aucun d’eux ne se satisferait du rôle de simple diffuseur de la culture française. Cela leur paraîtrait trop réducteur par rapport à toutes les ambitions de coopération qui élargissent considérablement leur champ d’activité.
Est-ce que vous êtes à l’écoute des attentes du public marocain ?
C’est une réflexion consubstantielle à notre politique culturelle. Nous pensons que le risque de déperdition des établissements culturels viendrait ce qu’ils ne seraient pas suffisamment à l’écoute de la société marocaine. Et c’est pour cela que nous attendons beaucoup de l’évolution de ces établissements en maisons de la coopération.

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