Des plans et des planques

Des plans et des planques

Tout le monde dans les milieux des architectes au courant de ces pratiques mais personne ne peut évaluer exactement l’ampleur du phénomène. C’est que, quand il s’agit de signature de complaisance, il est très difficile de trouver des preuves tangibles. De quoi s’agit-il exactement ? Tout simplement d’une pratique interdite par la loi régissant la pratique de l’architecture dans notre pays, à savoir la pratique du métier par un étranger. Ce dernier, pour pouvoir établir des projets d’architecture sur le territoire marocain, se trouve dans l’obligation de se lier avec un architecte local. Ce partenariat, s’il se passe dans les règles de l’art, demeure très intéressant pour les deux parties.
L’architecte marocain bénéficierait alors de l’expertise, essentiellement technologique ainsi que le savoir-faire étranger alors que le partenaire désireux de s’installer au Maroc bénéficierait de la parfaite connaissance du marché de son partenaire local. Mais la plupart des contrats de partenariat ne se passent pas de cette manière. De plus en plus de cabinets d’architectes internationaux préfèrent avoir recours à une sorte de partenariat fictif, c’est-à-dire uniquement sur le papier, où l’intervention de l’architecte marocain se limiterait à une signature apposée au bas de plans préalablement élaborés par les étrangers. Ce genre de partenariat serait devenu de plus en plus fréquent ces derniers temps, notamment avec le lancement des différentes stations balnéaires entrant dans le cadre du plan Azur.
«Ces groupes étrangers débarquent dans notre pays avec leurs cabinets d’architectes internationaux avec qui ils ont l’habitude de travailler et dont la compétence n’est pas à prouver. Ils préfèrent ainsi avoir recours à ce genre de pratiques qui leur facilitent énormément le travail et leur laisse une grande marge de manœuvre», explique un professionnel. Et d’ajouter : «Pour beaucoup de cabinets étrangers, s’installer au Maroc, un pays où la dynamique du bâtiment et de l’habitat est très grande, revient beaucoup plus intéressant s’il a recours à un partenariat fictif qui lui confère pleins pouvoirs sur la conception et la gestion du projet», estime un professionnel. Ce sont donc des villes comme Marrakech, Agadir ou encore Casablanca qui voient le pullulement de cette pratique. Dans tout ce processus, c’est la partie étrangère qui est la plus gagnante. D’énormes économies sont faites sur le plan financier notamment. « Prenant l’exemple d’un projet qui réserve près de 8 millions de dirhams aux plans d’architecture. Dans le cadre d’un partenariat effectif, la partie marocaine, selon les termes du contrat bien évidemment, bénéficierait d’un pourcentage convenu qui pourrait être de 30, 40 ou 50%. Par contre, et dans le cadre d’une signature de complaisance, l’architecte marocain ne toucherait pas plus de 10% du budget», souligne Omar Farkhani, président du Conseil national de l’Ordre des architectes qui cependant ne pourrait évaluer la teneur exacte de ce phénomène. «Nous n’avons pas de statistiques exactes puisqu’il s’agit d’un phénomène très difficile à prouver», précise-t-il. Ce n’est qu’à l’occasion de contrôles que ce phénomène apparaît au grand jour. « Ce n’est qu’en contrôlant les plans que l’on peut se rendre compte qu’on est en présence de signature de complaisance», précise M. Ambassi, président du Conseil régional de l’Ordre des architectes à Marrakech et d’ajouter que des fois, cette précaution de voir des plans signés par des Marocains n’apparaît même pas.
Cette pratique pose de nombreux problèmes. Au-delà de l’éthique et de la déontologie de la profession qui reçoivent alors un grand coup, c’est toute la crédibilité de l’architecte national qui en dépend. Mais le Maroc n’est pas l’unique pays à être touché par cette signature de complaisance. Lors de l’un de ces récents congrès, l’Union internationale des architectes (UIA) a adopté une recommandation préconisant clairement l’établissement d’un partenariat avec des architectes locaux dans le cadre de projets initiés à l’étranger. Une manière de préparer les marchés émergeants à s’ouvrir à l’expertise internationale dans une ère de mondialisation.

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