Meknès : Les raisons d’un bras de fer

Application stricte de la loi ou dérogation ? C’est le débat qui anime actuellement la ville de Meknès. Le résultat en est une série de projet d’habitat et d’urbanisme qui se trouvent bloqués parce qu’ils ne respectant pas tout à fait les règlements et documents d’urbanisation. Et nombreux sont les promoteurs immobiliers qui rejettent la responsabilité de ce blocage sur l’Agence urbaine de la ville, dont la directrice vient de prendre ses fonctions, il y a de cela huit mois uniquement. Le premier se trouve dans la province d’El Hajeb, plus précisément à Aït Izem. Il s’agit du projet «Dalia» qui avait auparavant reçu un avis favorable de la part de l’Agence urbaine mais qui se trouve actuellement bloqué à cause d’une fosse septique. Pour la directrice de l’Agence urbaine, il n’est nullement question d’autoriser des projets pour le simple fait qu’ils ont pour but d’éradiquer l’habitat insalubre dans la région.
«Il est inadmissible de donner un avis favorable pour un projet qui ne respecte pas les moindres normes de sécurité et de respect de l’environnement sous prétexte qu’il est destiné à accueillir des ménages bidonvillois et à résoudre ainsi le problème épineux d’habitat insalubre dont souffre notre pays.
Tant que le projet n’est pas bien ficelé et n’est pas conforme aux lois en cours, il ne mérite pas d’être accepté», explique la responsable de l’Agence urbaine qui met en exergue les dégât que la nappe phréatique allait subir. Fatiha Bamou avoue cependant n’avoir pas toujours appliqué la loi à la lettre. «En droit, la loi est le texte qui prime. Mais il existe des recours tout à fait légaux pour faciliter les procédures. Il s’agit de la jurisprudence et de la dérogation. Cette dernière est même très fréquente en matière d’habitat et d’urbanisme», ajoute Mme Bamou. Une dérogation qui s’impose dans le cas du projet «Dalia» selon le directeur de l’ERAC Centre-Sud. « Mon prédécesseur avait en effet promis la réalisation d’une fosse septique, mais il s’est avéré que ce n’est pas une solution durable.
Nous avons alors décidé d’organiser une série de réunions avec les responsables du Conseil communal en vue de leur expliquer la situation. Et nous sommes en train de trouver une solution», estime Ahmad Nadri. Un autre projet se trouve au centre de ce différent. «Ryad Ouislane» a en effet été inauguré par SM le Roi Mohammed Vi vers la fin de l’année 2004. L’Agence urbaine attend la réalisation d’un réservoir en eau ainsi que le règlement définitif du problème d’assainissement alors que l’ERAC argue de l’urgence de la situation. Pour le projet «Ryad Toulal», également présenté au Souverain, l’établissement régional voulait ajouter des améliorations alors que l’Agence urbaine refusait tout changement.
A Boufekrane, le différend concerne le projet «Aït Bourezouine». Le conseil communal a refusé de donner son accord tant que les égouts du projet versaient dans l’oued Boufekrane, décision approuvée par l’Agence urbaine. Pour l’ERAC, il n’y aurait pas d’autre solution. «Les voies d’assainissement de nombreuses villes versent dans des rivières et des oueds: Meknès dans les oueds Boufekrane et Ouislane, Fès dans l’oued Sebou pour ne citer que celles-ci», explique M. Nadri qui ne voit aucun autre recours à part la dérogation à des documents d’urbanisation qui, selon lui, sont loin d’être sacrés. 
Le conflit entre les deux s’est même reflété sur le climat au sein de l’Agence où les protestations menées par les syndicats, essentiellement la CDT et la FDT, sont devenues très nombreuses ces derniers temps.  Et là aussi, les pressions sont grandes, subies de part et d’autre, et qui n’ont pas manqué d’aggraver la situation. « La grève est un droit constitutionnel. Mais il faudrait que les doléances soient raisonnables », explique Mme Bamou qui fait allusion à des clauses dans le cahier revendicatif qui lui a été soumis, demandant par exemple l’achat d’un uniforme pour les femmes de ménages ainsi que le changement du siège de l’Agence ou encore l’équipement des bureaux de climatiseurs.
Pour le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de l’Habitat et de l’Urbanisme, il s’agit-là d’un débat très sain. « Les lois sont claires. Mais elles demeurent toujours sujettes à l’appréciation des personnes», explique Taoufik Hejira. Et d’ajouter qu’à la seconde où il serait question d’intérêts ou de caprices personnels, il agirait personnellement pour que les différents projets aboutissent le plus normalement possible».

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