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Le tribunal de première instance de Rabat a eu raison de rejeter, jeudi, la plainte de la Jeunesse de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) contre Hamid Chabat,  président istiqlalien, charismatique et bouillonnant, du conseil de la ville de Fès pour injures, par voie de presse, à l’encontre du défunt Mehdi Ben Barka, opposant marocain disparu à Paris le 29 octobre 1965. Ce n’est pas tous les jours que l’on applaudit aux décisions de la justice marocaine mais celle-ci, fait exceptionnel, est frappée du sceau d’une intelligence politique rare. On s’explique. L’on comprend bien l’émoi de la jeunesse usfpeiste, toute à sa fougue, de voir la mémoire de l’icône révolutionnaire — voire un tabou — du parti égratignée par Hamid Chabat. Mais répondre, sur un sujet historique, à une provocation par un procès — même si les conditions de forme sont réunies — revient à demander à la justice d’écrire l’Histoire du pays. Est-ce son rôle ? Apparemment les juges, en cette période où leur image n’est pas très reluisante, ont refusé de jouer ce rôle. C’est habile. L’écriture de l’Histoire est une science problématique qui obéit à un cahier des charges intellectuel précis dont l’approche scientifique est le fondement. Ce n’est pas une affaire d’émotion. La nervosité qui a marqué les dernières élections communales a engendré un problème de même nature. La tentation est, aujourd’hui, forte de vouloir faire trancher par la justice des débats politiques. Des appréciations politiques perçues comme étant diffamatoires ou injurieuses sont devant les tribunaux. La rudesse du débat politique marocain et le paroxysme électoral qu’il a atteint ne doivent pas justifier une «judiciairisation» systématique de la vie politique. Les juges l’ont peut-être compris.

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