Éditorial

Un lecteur assidu, connaissant mon intérêt pour la chose, a attiré mon attention sur une perle algérienne anti-marocaine sur le net. Le réseau — la poubelle de la démocratie ? — foisonne de ces inepties mais une fois n’est pas coutume. Que dit cette perle lumineuse ? «Le plan d’autonomie proposé par le Maroc constitue une idée diabolique qui contaminera le reste du Maghreb  et finira par déchaîner les démons du tribalisme au sein des peuples maghrébins». C’est juste. Notre auteur anonyme — l’anonymat étant un des signes distinctifs du courage virtuel — fait montre d’une clairvoyance et d’une lucidité remarquables. L’autonomie des régions et la régionalisation avancée ne peuvent se réaliser que dans un pays où il y a un projet démocratique fédérateur. Une idée réelle de la nation. Et une paix profonde et civilisée entre les territoires qui se reconnaissent profondément en une seule souveraineté, celle de la nation. C’est cette unité nationale qui autorise la diversité régionale la plus large et les autonomies territoriales les plus audacieuses. Notre ami qui semble avoir peur de la liberté et de la démocratie devrait être rassuré par le fait que plus les gens gèrent leurs propres affaires en toute responsabilité, plus ils adhèrent à un projet collectif national fondé, justement, sur la «péréquation» — à l’UE, il parle de subsidiarité —  où la solidarité inter-régionale est la clé de voûte du système. L’Algérie doit-elle avoir peur de ce projet ? La réponse est sincèrement oui. Pourquoi ? Parce que l’idée d’un plan d’autonomie pour la Kabylie est insupportable pour d’aucuns. Parce que le fait national algérien est fragile. Parce que l’Etat est partial trusté exclusivement par une fraction du pouvoir, notamment militaire, depuis l’indépendance. Parce que l’économie de rente annihile toutes les dynamiques.
Parce que les élites politiques sont exclues du système. Parce que les ambitions légitimes des élites régionales sont étouffées. Parce que le particularisme fécond culturel — une diversité nécessaire —  est nié par l’Etat. On arrête là l’énumération, cette malheureuse colonne n’y suffirait pas. Conclusion : le plan marocain d’autonomie au Sahara et le lancement du processus national de régionalisation constituent de fait une menace stratégique réelle pour le système actuel algérien exsangue. Conclusion de la conclusion : l’affaire du Sahara va finir par se retourner dangereusement contre ses promoteurs. Le caillou va changer de chaussure.  L’idée de démocratie et de liberté risque effectivement de les «contaminer» durablement au risque de mettre leur existence en péril. Les territoires prennent toujours leur revanche sur les hommes.

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