Éditorial

Il est des personnalités qui marquent durablement des domaines de la pensée par leur hauteur de vue et leur élégance intellectuelle. Elles marquent également, profondément, leur pays par une sorte d’ascendant naturel  que seules confèrent une éthique solide et une exigence exceptionnelle vis-à-vis de soi. Mehdi Bennouna, un homme qui a rencontré, très tôt, dans les années trente,  la modernité, la démocratie et les droits de l’Homme, fait partie indéniablement, par sa trempe, de cette classe d’hommes rares et essentiels. Mehdi Bennouna, fils de la petite bourgeoisie de Tétouan, patriote et évoluée, a très tôt pris les chemins de la connaissance qui l’ont mené en Palestine puis au Caire. Le jeune homme qui est sorti de ce long périple initiatique a immédiatement croisé son destin avec celui de son pays. Dans un pays qui se construit, il a contribué lui-même en construisant une profession. C’est comme cela que l’idée de la création d’une agence de presse autonome, indépendante et professionnelle s’est imposée à lui. C’est ainsi que la MAP, une initiative privée, est née. Et dans son sillage des dizaines d’autres agences de presse  dans le continent qu’il a entourées de sa bienveillance professionnelle faite de rigueur et de générosité. Il serait vain de vouloir visiter en quelques mots un parcours de cette nature. Mais on peut brièvement éclairer notre présent de cette lumière éclatante. Où en sommes-nous par rapport aux idées fondatrices  de Mehdi Bennouna ? Loin. Encore loin. Au point de croire que notre histoire  médiatique a commencé par le meilleur et a fini par s’enfermer dans le pire. Aucune accumulation historique. Un Etat sans mémoire. Une dilapidation constante des acquis et des expériences. Une absence de reconnaissance sans laquelle on ne peut construire aucune identité. Chaque acteur nouveau fait repartir l’histoire de zéro, c’est-à-dire de lui-même. Nous avons ainsi posé les jalons de la régression, une  lente et irrémédiable régression qui perdure à ce jour. Une haine de soi que l’on déverse sans honte ni retenue dans des chancelleries cyniques, une caricature de l’autonomie professionnelle et de l’exigence éthique, une servilité commerciale à toute épreuve, une stérilité intellectuelle qui ne fonde que des égos ivres de leurs insuffisances. Mehdi Bennouna est mort mais son legs a disparu depuis très longtemps.

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