Éditorial

En ces temps de fractures déontologiques abyssales, où la diffamation et l’injure sont devenues des genres journalistiques respectables, peut-on polémiquer à coup d’encarts publicitaires payés rubis sur l’ongle ? Le contenu moral, éthique ou éditorial d’une insertion s’évapore-t-il à partir du moment où il y a un bon de commande ? La responsabilité du directeur de la publication se liquéfie-t-elle dès qu’il y a une facturation à la clé? En cette matière fragile, plus qu’en publicité, ne sommes-nous pas forcés d’admettre que celui  qui paie les musiciens choisit la musique. Miloud Chaâbi, qui a, par ailleurs, beaucoup d’amis dans la presse, traîne notre confrère l’Economiste devant les tribunaux au sujet d’une affaire qui ne coule pas de source. Celle, justement, de l’eau minérale Aïn Soltane. Les informations publiées par notre confrère sont glanées dans le fameux rapport de la Cour des comptes. In fine, la justice tranchera sur la nature de l’autorisation dont dispose le groupe Chaâbi pour exploiter cette eau. Il reste cependant un problème. Les avocats de l’Economiste étaient-ils en droit d’exiger un droit de réponse aux confrères, une dizaine, qui ont publié l’insertion «polémique» de Miloud Chaâbi ?  Un droit de réponse dans un droit de réponse en quelque sorte. C’est une mise en abime infinie. L’affaire va se compliquer inutilement. C’est pour cela qu’il faut arrêter. L’affaire doit être jugée sur le fond, dans la sérénité, et non sur la forme, dans l’émotion et la surenchère. C’est pour cela que nos confrères, pour certains des pyromanes qui crient au feu, doivent lever leur plume, fermer leur colonne à l’achat d’espace éditorial, et ne pas transformer cette affaire de justice, au demeurant simple, en affaire de presse malvenue.

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