Éditorial

L’économie marocaine continue à faire preuve d’une résilience étonnante. Elle s’adapte, elle encaisse des coups, se redéploie, change, investit de nouveaux domaines, tâtonne, bref, elle vit. Cette donnée n’est pas nouvelle mais sa confirmation, aujourd’hui, en ce temps de crise met un peu de baume au cœur. Un peu. Ceci étant, confondre la bonne santé globale économique du pays avec une supposée «bonne santé» sur le front social serait un pas dangereux à franchir. La résilience de l’économie s’est construite sur la patience des salariés. C’est cela la vérité. Les réflexes traditionnels de solidarité, ceux qui font que ceux qui ont peu donnent à ceux qui n’ont rien, ont joué le rôle d’amortisseurs sociaux pendant la crise. Et ils continuent à jouer ce rôle. Le large secteur informel, près de 30% de notre économie, continue à créer de la valeur, avec un dynamisme étonnant, et à redistribuer face à un Etat incapable d’imaginer un «stratagème» sérieux pour intégrer cette manne. Le paradoxe est là : ceux qui ont le plus besoin des services de l’Etat ne contribuent pas au financement de ces services en l’absence de politiques audacieuses d’intégration. L’INDH entend, en partie, suppléer cette inadéquation mais son action reste cantonnée à une cartographie limitée. Par ailleurs, les grands travaux du Royaume ont pu, à l’évidence, occuper les gens et donner une activité salariée et des revenus à une large frange de la population. Il n’empêche qu’un grand malaise social est en train de naître et qu’il faut traiter avec un grand sérieux. Le dialogue social ordinaire ne peut à lui seul absorber cette colère. Il va falloir penser à une procédure exceptionnelle qui transcende la crédibilité entamée, en la matière, des syndicats, du patronat et du gouvernement. La scissiparité syndicale mitée par son assujettissement politique cache mal une exténuation de l’action syndicale à l’ancienne. Le patronat mobilisé face à la crise et inquiet pour sa compétitivité et sa mise à niveau considère que le maintien de l’emploi, là ou c’est possible,  est déjà un miracle. Il considère  toute agitation sociale comme malvenue et constitue un facteur de fragilisation des entreprises. Le gouvernement, quant à lui, est mal placé pour donner l’exemple. Il ne remplace presque plus les départs à la retraite, ne recrute pas ou peu et la situation de ses fonctionnaires n’est plus un modèle. Il est vrai que l’investissement massif de l’Etat notamment dans les infrastructures  est un facteur de stabilisation de l’économie. Mais il  reste que le moulin à café social est vide. Faute de grains à moudre, il ne tourne pas.

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