Faut-il exécuter Saddam Hussein ?

Faut-il exécuter Saddam Hussein ?

La barbarie n’efface pas la barbarie. Appliquer la peine de mort à Saddam Hussein c’est s’aligner sur ses pratiques et ses méthodes les plus immondes. Il s’agit, ici, bien sûr, d’une affaire de justice, mais la justice ne gagne rien à tourner le dos non pas à l’humanité mais à l’humanisme. La légitimité de l’acte de punir ou de châtier celui qui a enfreint les règles même d’une manière abjecte comme c’est le cas de Saddam Hussein ne peut se fonder, humainement et socialement, que si elle ne se vautre pas dans le déni d’humanité qu’elle veut elle-même sanctionner. Œil pour oeil , dent pour dent. La philosophie que sous-tend la loi du talion peut fonder un acte de vengeance mais jamais un acte de justice. Or Georges W. Bush est, strictement, animé dans l’affaire Saddam Hussein par la vengeance, ce qui brouille encore plus la posture américaine déjà passablement brouillonne depuis le début de cette aventure unilatérale entreprise dans le dos des Nations unies et de la légalité internationale. Bush a polarisé le sentiment d’humiliation – fondé ou non mais qui existe fortement – des Arabes par l’usage qu’il a permis d’images de Saddam Hussein aussi nauséabondes qu’inutiles pour l’avenir des Irakiens. Dans la même foulée, le même Bush excite chez ces mêmes Irakiens qui attendent tout d’un avenir meilleur autre que celui que peut offrir l’occupation de leur pays, un sentiment aussi barbare que primitif celui de la vengeance. Au fond, le choix entre humiliation et vengeance est un choix, encore une fois, extrêmement dangereux qui exprime parfaitement la binarité avec laquelle Bush appréhende la complexité du monde, notamment arabe. Ni le culte fanatisé de la puissance américaine, ni la violence armée dans son expression la plus exaltée ne peuvent constituer un projet de vie collective viable en Irak ou dans la région. Les Arabes ont collectivement un sentiment de soif de justice mais pas celle que leur propose Bush en essayant d’instrumentaliser la vie et la mort de Saddam Hussein. Les sujets qui peuvent être abordés avec une démarche, effectivement, juste et équitable sont nombreux mais l’Administration américaine feint de les ignorer. Jusqu’à quand ? Jusqu’à quel niveau de violence et de terrorisme aveugles? Jusqu’à quel nombre de kamikazes ? Nous autres nous voulons bien avoir des réponses à ces questions et ce n’est pas le cirque médiatique orchestré autour de la capture de Saddam Hussein qui nous rassure. On en est vraiment là !

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