Le bonheur des gens

Qui aurait dit que Hassan Aourid serait, un jour, un wali. Après les walis walis, c’est-à-dire les walis maison, les walis technos, les walis politiques, est-ce le temps des walis poètes ou intello ? Moi je ne vois aucun mal à cela. Je ne m’arrête pas sur le paradoxe apparent qui consisterait à transformer un intellectuel, un activiste fougueux de la culture et des beaux-arts, en agent d’autorité droit dans ses bottes. L’être humain étant un être complexe par définition et naturellement plein de ressources ignorées, il ne fait aucun doute que Hassan Aourid trouvera en lui-même le potentiel nécessaire et utile pour honorer sa nouvelle mission.
À partir du moment où le bonheur des gens est l’objectif absolu, peu importe alors la méthodologie adoptée ou le profil que l’on met au service de cette frontière exaltante. Le développement humain n’étant pas, uniquement, réductible aux choses grossièrement matérielles, on peut imaginer avec foi qu’il puisse aussi passer par les arts et la culture, les belles lettres ou la création poétique. Si notre administration territoriale manquait de poésie, il est indubitable qu’avec Si Hassan Aourid, muni de quelques strophes rythmées, de quelques vers aussi libres que le vent ou de quelques alexandrins bien pesés, saura combler ce vide.
Si «L’anthologie de la poésie marocaine contemporaine», un ouvrage essentiel récemment édité par Adellatif Laâbi, pouvait se substituer utilement au rugueux et rébarbatif dahir de 1976 sur les collectivités locales, le peuple ne trouverait, certainement, rien à redire. Personne ne peut être contre le talent quand celui-ci prend le pouvoir avec panache. La carte du tendre n’est pas que le territoire de l’amour, elle est aussi et à la fois, sa géologie, son architectonique, et ses plaques en mouvement aux failles fécondes.
L’art de la biographie est un art réducteur. Il peut être parfois empreint d’une cécité irréversible. Il est souvent injuste à l’égard du sujet étudié, tellement la densité de l’être disparaît sous des raccourcis secs et arides et la richesse du parcours appauvrie par des assertions institutionnelles, voire anthropométriques.
Une vie entière peut devenir ça : «M. Hassan Aourid que SM le Roi a nommé, mercredi, wali de la Région de Meknès-Tafilalet, gouverneur de la préfecture de Meknès, est né le 24 décembre 1962 à Errachidia. M. Aourid est titulaire d’une licence en Droit Public, d’un Diplôme d’études supérieures (D.E.S.) et d’un Doctorat d’Etat en sciences politiques. Il a occupé le poste de chargé d’études au ministère des Affaires étrangères de 1988 à 1992. Il avait occupé le poste de conseiller politique à l’ambassade du Maroc à Washington de 1992 à 1995. M. Aourid a exercé en qualité de professeur à l’Ecole Nationale d’Administration et à la Faculté des Sciences Politiques de Rabat de 1995 à 1999. Il occupe actuellement le poste de porte-parole officiel du Palais Royal.» Où est la poésie dans tout cela ? Nulle part. Jamais avec ces quelques lignes, on ne pourra vraiment restituer une vie, son effervescence, ses jaillissements ou ses exaltations.
Que monsieur le wali me pardonne cette familiarité dans la mise en relief de sa nomination, mais il n’y a là, et rien d’autre, que l’expression d’une sincérité authentique légitimée par une vieille proximité intellectuelle que le temps n’a fait que mûrir. Bon vent à M. le wali et que mille roses fleurissent sous la translucide rosée des matins enchanteurs.

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