Le cabinet fantôme

Le cabinet fantôme

Tous ceux qui ont fait ces derniers temps le trajet entre Casablanca et Marrakech ont constaté, à la hauteur de Settat, une annonce, disons d’information civique, assez croustillante. «WC Propres» dit celle-ci, inscrite en lettres magistrales sur le mur d’un café-restaurant du cru qui semble prêt à tout pour répondre, justement, aux besoins de sa clientèle de passage. L’initiative en elle-même, au-delà de sa dimension hygiénique, est louable, mais elle pose quand même quelques problèmes que l’on a du mal à digérer. Pas besoin d’être un grand adepte de la logique formelle pure pour conclure que le ton péremptoire de cette affirmation publicitaire nous annonce, comme argument de vente, une exception : des toilettes propres. On peut en déduire, rapidement, que partout le long du chemin qui mène à la ville rouge aucune opportunité de cette nature ne va se présenter à nous. C’est inquiétant. On peut aussi en déduire que des WC sales sont la règle partout ailleurs et que seul cet établissement représente, un peu présomptueusement, une exception notamment sanitaire.
On le voit bien, cela pose une question de fond : la fameuse problématique de la règle et de l’exception surtout dans le domaine touristique. Nous aurions été plus rassurés sur l’image de notre pays et sur ce secteur vital qu’est le tourisme, si le propriétaire de cette auberge avait annoncé par exemple, et par pur patriotisme, : «WC sales». Cela nous aurait fait du bien, en imaginant que tous les autres établissements sur le chemin étaient tous impeccables mais on aurait évité probablement de s’arrêter chez lui. Ce qui n’est pas sûr puisque, sous l’emprise du besoin, on s’arrête toujours même, malheureusement pour nous, dans les conditions les plus douteuses.
Ignorant qui est le conseiller en communication de cet établissement – avec lequel on ne veut pas se fâcher, bien sûr -, on peut, malgré tout, généreusement, oser lui proposer d’autres pistes pour vanter la propreté rare de ses cabinets. «Ici, les meilleurs WC du monde», «les WC aux mille contrastes», «Cakes à toute heure », ou pour les intellectuels latinistes voyageurs «Veni, Vidi, WC» ou encore, pour finir, plus trivialement: «Nos latrines ont bonne mine». Vraiment, cette affaire peut aller chercher très loin, elle n’est pas simple. En tout cas, si on veut atteindre, en 2010, 10 millions de touristes, il va falloir commencer, peut-être, par 10 millions de WC propres mais il ne faut surtout pas le crier sur tous les toits ou l’afficher sur tous les murs. Cela fait mauvais genre.

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