Le rossignol du Nil

Le rossignol du Nil

Le docteur égyptien Abdel Mohsen Abdel Halim Ibrahim en a pris pour dix ans de prison. Agé de cinquante huit ans, il pratiquait des avortements illégaux. Outre le fait que des bocaux contenant des foetus ont été trouvés dans son officine, ce faiseur d’ange rectifiait aussi les hymens abîmés par le temps, la fougue et la rudesse des jours.
Il semblerait que l’on pratique aussi chez nous cette chirurgie plastique mais le problème du rafistoleur égyptien, c’est qu’il filmait ses patientes. Pourquoi, donc ? on n’en sait rien. En général les clientes de ce type de correction sont très discrètes mais de là à filmer une intimité en cours de restauration il y a un mystère insondable.
Pourtant ce mystère n’est pas resté longtemps impénétrable. Le procureur général cairote nous a dévoilé les dessous de l’affaire. Avec un indice aussi mince qu’un string, il a pu établir que le docteur Folamour filmait ses patientes à leur insu – normal, compte tenu de leur position délicate – pour les faire chanter par la suite. Le sagouin, il se prend pour le rossignol du Nil !
On voit d’ici le drame de ces jeunes filles. Une vie de malheur : peur, angoisse, ruine financière et une vie démolie pour une foutue membrane malmenée par le destin qui est tout simplement, dans ce cas de figure, incarné par un homme pressé.
Le poète peut déclamer : « Près de toi rien de moi n’est resté. Et ton amour m’a fait une virginité. », mais il reste que, dans nos pays, le désarroi des jeunes fille en fleur n’a d’égal que la violence de la société à leur égard. Une violence réelle qui peut conduire à la mort. Ne tue-t-on pas pour l’honneur ? Et l’hymen n’est-il pas le siège – si l’on peut dire – exclusif de cette honneur si fragile ? Je ne sais plus qui a dit que « la virginité se réforme », mais comment peut-on fonder toute une culture, voire toute une civilisation sur une chaire si fine et si faible? L’honneur est certainement ailleurs. Le reste, c’est une affaire de business. Horreur, malheur.
Cela dit, si vous connaissez une «seizième», c’est-à-dire dans notre triste jargon local une jeune ville vierge de 16 ans, recommandez-lui de le rester le plus longtemps possible. Car entre les jeunes voyous, les vieux adipeux, les divorcés de fraîche date, les candidats polygames, les amoureux transis et le voisin de palier tout le monde en veut à son bien inestimable.
Et comme la pauvre fille, tout à son âge, ignore qu’elle est «dépositrice» de l’honneur de la tribu, de l’avenir d’une nation, de la postérité d’une civilisation, de la pérennité d’une culture et des grands équilibre «marcro»-économiques, elle risque rapidement de tomber sur un pickpocket d’amour, un cambrioleur de sentiments ou un détrousseur de grands chemins. Vraiment, la virginité est une affaire délicate.

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