Maturation tardive

Bush «comprend la sensibilité du peuple marocain sur la question du Sahara et ne cherche pas à imposer une solution dans ce conflit». Cette phrase, à la limite sibylline, contenue dans la lettre que le président américain a adressée à S.M. le Roi, est frappée du coin du bon sens. Il fallait arriver à ce niveau de clarification avec les Américains. Mais il serait insuffisant de croire que cette posture américaine, officielle, est le produit du hasard ou d’une langue de bois diplomatique d’un pays embourbé d’une manière de plus en plus sanglante en Irak et lancé d’une manière téméraire dans un activisme multiforme pour corriger, selon ses intérêts, les rapports de force géopolitiques dans la région du Moyen-Orient. La mobilisation marocaine a pesé de tout son poids sur cette inflexion remarquable. Nous la devons, essentiellement, aux efforts constants et inlassables de notre Souverain. Nous-mêmes qui sommes d’habitude si prompts à charger notre diplomatie de tous les maux et à malmener, parfois d’une manière puérile, l’intégrité territoriale de notre pays au nom d’une liberté d’expression nihiliste complètement découplée, par nature, de valeurs patriotiques minimales, nous devons mesurer le chemin parcouru. Si nous, nous ne le faisons pas, nos adversaires, tout à leur haine, le font pour nous. Sur l’affaire du Sahara, le Maroc est «en guerre» avec l’Algérie. C’est un fait aujourd’hui universellement admis. Tindouf a été pendant longtemps un leurre pour l’opinion publique internationale. La réalité du conflit réside dans la vision archaïque des généraux d’Alger. Aussi le président américain appelle «l’Algérie et le Maroc à faire preuve de créativité et de souplesse pour la cause d’une paix durable entre les deux pays.» C’est limpide. Maintenant, il est assez risible et étonnant que d’aucuns remarquent avec une innocence confondante, grassement relayée par des milieux génétiquement et caricaturalement hostiles au Maroc, que notre pays, sa monarchie et ses institutions jouent leur vie dans cette affaire. C’est le moins que l’on puisse dire au sujet d’une cause, justement, comme sacrée. Et cela fait plus d’un quart de siècle que les Marocains le scandent sous tous les modes. Si un pays ne risque pas sa peau pour une cause qu’il considère, unanimement, sacrée pour quoi et pour qui devrait-il la risquer ? Nous avons tout entendu sur ce conflit factice où la supercherie l’a toujours disputé à la mauvaise foi, mais arriver à ce constat de base, qui est à l’origine et l’essence même de la mobilisation nationale, et le présenter comme une fulgurance intellectuelle, c’est une démarche absolument inédite et assez malsaine. Il aurait fallu juste lire la Constitution marocaine, mais c’est peut-être trop demander… Mille fois, feu S.M Hassan II a mis en relief l’aspect stratégique, vital, essentiel de la cause sacrée du Sahara pour notre pays. S.M le Roi Mohammed VI, depuis son intronisation, a repris, en patriote, le flambeau de cette cause avec intelligence, ténacité et résolution. Les Marocains ont toujours affirmé dans leur diversité, unis dans la défense de l’intégrité territoriale, par leurs efforts et leur sens du sacrifice que la marocanité du Sahara, tellement elle est constitutive de notre identité, ne peut-être ni négociée ni négociable. Cela fait plusieurs décennies que tout cela est clair pour tout le Monde sauf peut-être pour les pertinents d’aujourd’hui qui veulent mesurer la profondeur de notre Histoire nationale à l’aune de l’arrivée à maturation tardive de leur sens géopolitique. Un blé bien tardif…

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