Éditorial : L’exode de la misère

L’immigration clandestine vers des cieux plus cléments n’est pas une spécificité marocaine. Même si certains font des malheureux passagers des pateras leur pain quotidien pour fustiger le Maroc de tous les maux pour des raisons beaucoup plus politiciennes qu’humaines. La médiatisation à outrance des malheurs des jeunes marocains qui échouent de l’autre côté du Détroit laisse croire que ce phénomène d’exode trouve sa source exclusivement dans notre pays. Or, il est de notoriété publique que le flux des immigrants clandestins s’est mondialisé avec la mondialisation de la misère.
Depuis la chute du Mur de Berlin, l’Europe est confrontée à une immigration clandestine organisée en réseaux qui converge des pays de l’Est vers l’Occident. Outre ce flux intercontinental, le vieux continent est assailli par des bateaux de réfugiés économiques qui arrivent des fins fonds de l’Asie, de l’Irak au Bangladesh. Face à cette déferlante de la misère humaine, il est normal que le Maroc devienne une plaque tournante de l’immigration subsaharienne vers l’Europe.
Sa proximité de l’Europe et son enracinement dans l’Afrique noire attirent de plus en plus la convoitise des passeurs professionnels de tout acabit. Les guerres ethniques et la sécheresse ont fait que, depuis plus d’une décennie, le flux migratoire africain vers le Maroc n’a pas cessé de prendre de l’ampleur. Cet exode vers un Eldorado imaginaire est encouragé par l’immensité du désert africain et de la perméabilité des frontières.
L’Algérie qui possède un immense désert bordé par le Mali, le Niger, la Libye et la Mauritanie est devenue une véritable passoire qui mène droit au Maroc. Un rapport élaboré par la gendarmerie nationale algérienne rapporte que des milliers d’immigrés africains entrent chaque année en Algérie. Ceux qui ne sont pas arrêtés dans ce pays trouvent des réseaux de passeurs qui leur font franchir la longue frontière avec le Maroc moyennant de l’argent.
Les Africains de différentes nationalités qui ont été arrêtés dernièrement ne sont qu’une partie de l’iceberg dont un grand nombre transite vers les Iles canaris via Laayoune ou vers les présides marocains de Sebta et Mellila en traversant le Nord-Est du Maroc. Du coup, l’Espagne se trouve doublement impliquée dans une chaîne d’immigration subsaharienne qui provient du sud. Non seulement les dirigeants espagnols ont ouvert des centres d’accueil à des centaines d’immigrants africains, mais les chefs d’entreprise de la péninsule Ibérique attirent ce flux migratoire par un marché de travail en noir exponentiel. C’est dire que le Maroc, tout autant que les pays européens les plus développés, ne peut à lui seul lutter contre ces filières qui ont tissé des réseaux internationaux partout. Il est plus que jamais impératif que l’Espagne, et par extension l’Union Européenne, coopère d’une manière plus concrète avec notre pays pour arrêter cette hémorragie.
Dans ce domaine, l’UE n’a pas tenu ses engagements envers le Maroc pour lui fournir l’aide nécessaire en moyens financiers et logistiques pour lutter contre l’immigration clandestine. Autant dire que l’Espagne ne devrait pas faire de ce phénomène une pomme de discorde avec le Maroc, mais plutôt un pont, à travers l’UE, pour une coopération plus soutenue.

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