Nicolas Sarkozy emmène la France au Liban

Personne en réalité ne s’attendait à ce que Nicolas Sarkozy fasse les choses dans la mesure. Surtout lorsqu’il s’agit du Liban où sa diplomatie s’est spectaculairement cassée les dents. Le souvenir est encore frais dans les mémoires du va-et-vient amoureux entre Paris et Damas, des déclarations viriles depuis Le Caire pour poser de bruyants ultimatums, des émissaires élyséens discrets qui ridiculisaient allégrement les canaux classiques de la diplomatie. Autant d’efforts et d’investissements pour aboutir enfin à une situation politique de «Wait and See» pour la réalité que la nature allait finir par secréter.
Nicolas Sarkozy a donc décidé d’être le premier chef d’Etat occidental à rendre visite au Liban depuis que les partis politiques de ce pays ont conclu l’accord de Doha qui dote le Liban d’un président de la république en la personne de Michel Souleïmane. Une visite qui se veut hautement politique à commencer d’abort par sa composition.
Outre les participants classiques à un déplacement à l’étranger comme les ministres des Affaires étrangères, la Défense ou les Finances, Nicolas Sarkozy emmène avec lui , fait extrêmement rare, son Premier ministre François Fillon entouré de deux grandes pointures de la majorité comme le secrétaire général de l’UMP, Patrick Devedjian et le président de son groupe parlementaire François Copé. Quand on connaît les relations exécrables que ces personnalités entretiennent entre elles, il est facile de deviner l’ambiance cimetière qui doit régner dans l’avion présidentiel. Nicolas Sarkozy a tenu aussi à associer dans ce voyage les symboles de l’opposition comme François Hollande , le patron du PS, Marie-Georges Buffet, la dirigeante communiste ou François Bayrou, le leader du Modem. Ce dernier, infatigable pourfendeur de Nicolas Sarkozy, tente de justifier sa participation à cette expédition française aux pays du cèdre. Tout en étant conscient de «la tentation toujours présente de récupération politique intempestive», François Bayrou affirme «qu’il faut savoir montrer des gestes d’unité nationale sur des sujets sensibles».
L’Elysée a bien entendu tenté de mettre en perspective la valeur politique d’une telle démarche sans pouvoir cacher une euphorie manifeste : «Cette délégation a une signification très forte: il s’agit de marquer l’unité de la nation française dans ce message d’encouragement, d’amitié et d’espoir que le président de la République souhaitait adresser à la nation libanaise (…) Ça sera un message fort adressé par toute la République française à toute la République libanaise dans toutes ses composantes sans exception».
Outre de rencontrer le contingent français de la FINUL , la force chargée d’observer et de superviser le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, Nicolas Sarkozy prêchera un message politique fort, celui de l’invitation solennelle adressée aux partenaires libanais d’appliquer au plus vite les termes de l’accord de Doha considéré par l’Elysée comme : «un rayon d’espoir au bord du gouffre». La présidence française estime que «ce bon accord doit maintenant être totalement mis en œuvre. Ce ne sera pas facile et il faudra que toutes les forces politiques libanaises fassent preuve de bonne volonté, d’esprit de concorde, d’esprit de compromis, de souplesse». Il reste que le voyage de Nicolas Sarkozy à Beyrouth n’est pas sans risque. De nombreux observateurs le qualifient de « visite précoce » et qu’il valait mieux attendre la formation du gouvernement avant de se frotter au bourbier libanais.
En organisant un tel voyage d’une haute valeur diplomatique, avec le retentissement attendu, Nicolas Sarkozy n’a d’autres idées en tête que de signifier le retour de la France dans cette partie sensible du monde après en avoir été quelque peu éloignée. Cela intervient après un réchauffement de la relation entre Paris et Damas. Le récent entretien téléphonique entre Nicolas Sarkozy et le président syrien Bachar El Assad laisse la porte ouverte à tous les rapprochements possibles notamment sur un sujet qui tient à cœur Paris, ville organisatrice du sommet fondateur de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Nicolas Sarkozy est très disert sur le sujet : «Le président syrien que j’ai eu au téléphone m’a indiqué tout l’intérêt qu’il (portait) à ce sommet. Je pense que sa présence est vraisemblable».

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