Youssef Jabri : «Ma police «Rabat» aspire à devenir une icône identitaire»

Youssef Jabri : «Ma police «Rabat» aspire à devenir une icône identitaire»


ALM : S’agit–il de l’invention d’un nouveau script au nom de «Rabat» ou d’une exploitation informatique de la calligraphie marocaine pour en faire un usage à portée de tout le monde?
Youssef Jabri : Le script Maghribi existe depuis des siècles. Mon apport réside dans le fait de le retranscrire aussi fidèlement que possible et de l’informatiser pour généraliser son exploitation sur ordinateur en traitements de textes. Je suis un mathématicien- informaticien qui a essayé de pérenniser une tradition ancestrale qui fait la spécificité artistique de mon pays mais qui n’était pas protégée contre les aléas de la révolution technologique. Il y avait donc nécessité de créer une fonte qui respecte fidèlement le script Maghribi avec de véritables règles grammaticales et formelles pour mettre fin aux confusions qui se rapportent à ce graphisme et qui commençaient à lui porter préjudice.

En parallèle à ce souci didactique, qu’est-ce qui caractérise la fonte Rabat  sur le  plan technique ?
C’est un travail qui porte des solutions aux problèmes qu’on rencontrait avec la technologie True type fonte, limitée du point de vue technique et qui ne permettait pas la réalisation de caractères superposés ou à double polarité. Mais grâce à la technique des fontes open type que j’ai utilisée pour la réalisation de la fonte Rabat, il est désormais possible d’associer des caractères ou des dessins programmables de telle manière à réaliser une écriture à graphismes multiples. Une écriture qu’on peut agencer du haut vers le bas en plus de sa linéarité. De fait on peut recouper les lettres «Ha», «Kha» et «Ja», par exemple, en cascade avec formes inclinées. D’un point de vue plastique, les fontes qui existaient ne reflétaient pas les spécificités artistiques du script marocain. Mon apport réside dans le fait d’assurer une écriture fidèle au script marocain tout en valorisant sa beauté plastique. Et c’est ce désir de reproduire une fonte qui met en exergue la dimension artistique de cette écriture que je me suis inspirée du travail manuel réalisé par le calligraphique marocain : Mohammed Lamâalimine: le maître calligraphe qui a écrit la première partie du «Moushaf Hassani» et qui a écrit l’intégralité du «Moushaf Mohammadi» qui sera édité en un million d’exemplaires.

Qu’est-ce qui vous a amené à choisir «Rabat» comme dénomination de police pour votre fonte ?
C’est un script qui est censé aduler le Maroc sur le plan graphique. D’autant plus qu’il y a déjà sur la toile des fontes qui portent le nom de pays ou de villes. Aussi, la symbolique de Rabat est représentative d’une culture, d’une histoire et d’un art hérité. A cela s’ajoute le fait que le script marocain est utilisé dans les textes officiels, les discours royaux et d’autres documents administratifs. Et puisque ma fonte aspire à devenir une icône identitaire, il fallait l’associer à un lieu à portée historique connu par tout un chacun dans l’ensemble des pays qui écrivent en arabe.

Comment comptez-vous protéger votre fonte ?
Quand on réalise une contribution en mesure d’exprimer le génie créatif d’une nation, on ne peut monnayer un tel plaisir. Ma fonte est gratuite car ma satisfaction est d’ordre esthétique. Plus cette fonte est utilisée plus je m’enorgueillis. Elle est mise à la disposition de tout le monde gratuitement et gracieusement. Elle est téléchargeable à partir du site de l’École nationale des sciences appliquées de l’Université d’Oujda.

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