Victime d’un délit de faciès: Un jeune marocain se voit refuser son mariage pour «satanisme»

Victime d’un délit de faciès: Un jeune marocain se voit refuser son mariage pour «satanisme»

La justice marocaine a refusé de concrétiser le mariage d’Amine Khairi avec une Allemande parce que, paraît-il, ce jeune gadiri de 26 ans est accusé d’avoir fait partie de ce que l’on se plaît à appeler «les adorateurs de Satan».

En voilà une histoire qui n’est pas sans en déterrer une autre, plus pesante. En 2003, 14 jeunes musiciens se sont fait arrêter. Accusés, eux aussi, de satanisme, ils n’étaient autres qu’adeptes de hard rock et de métal. Un temps que l’on pensait révolu après le tollé d’indignation que ce procès avait soulevé à l’époque. Aujourd’hui, douze années plus tard, l’on condamne, étouffe, et prive de leurs droits des jeunes pour leurs goûts musicaux. Tels les jeunes musiciens accusés de satanisme et de mépris de la religion, Amine Khairi s’est vu dans la contrainte de se justifier et d’expliquer que ses goûts, alors jeune âgés de 17 ou 18 ans, ne définissaient en aucun cas sa religion. Il est bien de foi musulmane, comme le souligne d’ailleurs le document de «refus» qui lui a été remis par la justice.

Ce qui ne devait alors être que formalités administratives pour contracter un mariage, a vite viré vers une autre question. Victime d’un délit de faciès, au même titre de la jeune allemande à propos de qui, le document précise que «son apparence montre qu’elle appartient au même courant», Amine se voit refuser son droit au mariage civil. Ces arguments de refus ont été prononcés après deux enquêtes. La première date du 18 mars 2015 et la deuxième, quelques semaines plus tard, le 28 avril de la même année. Ces recherches ont également démontré, selon les dire du juge chargé de l’affaire au niveau du tribunal de première instance d’Agadir, que le jeune «s’adonnait» au commerce des vêtements et accessoires ayant un lien avec le satanisme avant d’arrêter cette activité en 2008.

Aussi invraisemblable cette histoire soit-elle, elle n’est pas sans remettre à la surface des questions auxquelles les réponses font défaut au Maroc d’aujourd’hui, à commencer par celles des délits de faciès, des libertés et leurs limites ainsi que de la légitimité juridique de ce genre de jugements. Une chose est cependant sûre, l’affaire de ce mariage interdit ne s’arrête pas là. Les deux jeunes se font représenter par Maître Moulay Abdelmoutalib Abouzaid pour intenter un recours en justice. A suivre.

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