L’ombre de Voltaire

L’ombre de Voltaire

Régis Debray lui-même présente son livre dans ces termes, avec beaucoup de précision sur le propos même de la littérature en tant qu’idées et sentiments: «Je ne prise guère la littérature d’idées. Ses angles droits sont trop fastidieusement masculins et sûrs d’eux pour capter l’émotion, le tremblement, l’inattendu du réel. Pourquoi récidiver? Parce qu’on résiste moins, avec l’âge, aux impulsions du farfelu, jusqu’à se permettre quelques divagations sur les dieux et les hommes, le beau et le moche, le mort et le vif, et même sur l’avenir de l’humanité. Sans dramatiser: les échappées qui suivent sont à un essai ce qu’une flânerie est à un défilé, ou une songerie à un traité de morale. Elles demandent seulement au lecteur un peu d’indulgence pour ce qu’elles peuvent avoir de mélancolique, de cocasse ou d’injuste».  Evidemment, on l’a compris, le candide dont il est question ici n’est autre que Voltaire.

Pourtant il est absent dans ces pages. Son empreinte est là, présente, le penseur plane sur l’ensemble de l’œuvre, mais on ne le mentionne pas. Et c’est d’autant plus fort. On peut aussi penser que Régis Debray se sent plus proche de Candide que de Voltaire. Ceci aussi est compréhensible tant Voltaire aimait  les élucubrations, avait ce côté assez austère, et affectionnait les «envolées métaphysiques». Candide, lui, était plus libre, plus enjoué, plus enclin à l’aventure. Un peu comme Debray lui-même, qui a longtemps sillonné le monde avec beaucoup d’optimisme, malgré les moments durs et les passages à vide.

Bref, dans ces textes, on retrouve de nombreuses figures comme celle de Jean Paul Sartre ou de Fidel Castro. A ce propos, Régis Debray précise : «Sartre chez Castro ? Oui, c’est l’occasion de constater que beaucoup de philosophes s’informent peu avant de spéculer. Sartre a projeté sur la réalité cubaine la grille de lecture du livre qu’il venait de finir, La Critique de la raison dialectique. Il fait de Fidel Castro une sorte de chef anarchiste, un sartrien en battle-dress… C’est très cocasse !». Dans ce volume, très inspiré, tout est dans cette même veine, avec des détails, des anecdotes, des précisions historiques sur le sens même de la littérature et de l’engagement.

Collection blanche. Gallimard. 180 DH

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