La thèse de la main étrangère

La thèse de la main étrangère

ALM : Comment avez-vous réagi à l’annonce de l’arrestation de deux autres terroristes liés aux attentats du 16 mai?
Mohamed Mrabet : Je suis convaincu que la dérive sanglante que connaît le Maroc depuis le 16 mai est le fruit d’une intervention étrangère. J’ai désormais une certitude: des milieux étrangers veulent coûte que coûte porter atteinte au Maroc et au modèle qu’il représente.
Il y a quelques années, le fondamentalisme religieux était étroitement lié au ministre des Habous. Je pense précisément à la période M’Daghri Alaoui. Aujourd’hui, ce fondamentalisme s’est beaucoup plus approché des milieux de la criminalité et du trafic de drogue. Les responsables sécuritaires et les intellectuels doivent prendre en considération cet aspect.
De quelle manière?
A mon avis, les sécuritaires ne doivent pas donner la chance aux criminels et aux trafiquants de drogue de bénéficier d’une légitimité religieuse. Ce serait une catastrophe.
Pour ce qui est des intellectuels, je tiens à dénoncer leur silence. Quand l’Etat utilisait le fondamentalisme religieux, ils n’ont rien fait pour le condamner. Et ce pour des raisons purement politiciennes. Je pense notamment à l’association Attawhid Wal Islah et au Parti de la Justice et du Développement (PJD).
En quoi le PJD aurait-il profité de cette alliance Etat-fondamentalistes?
Effectivement, cette alliance a permis l’instauration d’un climat propice à la promotion des idées du PJD. C’est le cas par exemple de l’opposition entre l’islamisme et la laïcité. Le tout pour avoir le maximum d’électeurs.
Qu’en est-il des intellectuels autres que ceux du PJD. Qu’est-ce qu’ils ont fait pour dénoncer la politique de M’Daghri Alaoui?
Les forces progressistes se sont toutes levées contre cette politique. M’Daghri Alaoui voulait opérer un putsch au plus niveau de l’Etat. Il voulait remettre à cause le principe d’Imarat Al Mouminine. Nous avons participé à l’avortement de ses tentatives.
Vous avez parlé de forces étrangères à l’origine de la dérive sanglante que connaît le pays. De quelles forces parlez-vous?
Dans les actes terroristes qu’a connus le Maroc et les cellules dormantes toujours existantes sur son territoire, je n’exclus pas l’implication de services secrets étrangers. Pour être clair, je pense aux services de renseignement algériens. Le modèle marocain dérange. Je n’ai aucune certitude. Mais, à mon avis, il faudrait creuser cette piste.
Le Maroc présente-t-il effectivement un modèle pour le monde arabo-musulman?
Le Maroc a pris ses distances, pour ne pas dire son indépendance, du Machrek. La dynamique politique, culturelle, sociale, etc. et l’accumulation des acquis dans notre pays dérangent plusieurs régimes arabes. C’est le cas notamment des monarchies pétrolières et autres pays qui n’ont pas encore pris le train de la démocratie.
Le Maroc est à la fois un modèle sur le plan religieux, politique et culturel. C’est une alternative pour redorer le blason de l’Islam en Occident.
Justement, ne pensez-vous pas que ce modèle marocain risque d’éloigner le Maroc des pays arabes, car justement, il ressemble au modèle que les Etats-Unis veulent appliquer dans le monde arabe?
Il n’y a pas de doute que les avancées démocratiques du Maroc attirent l’attention des Etats-Unis et de l’Occident de manière générale. Le plus important est que ces avancées ne font pas partie d’un plan occidental.
Le Maroc n’a pas le souci de s’inscrire dans un quelconque programme géostratégique américain. C’est dans l’intérêt de l’Occident d’aider le Maroc et pas l’inverse.
Je vous donnerai comme exemple la dernière initiative de l’association «Atime» en Espagne. Cette association a appelé à la création d’une structure du culte musulman en Espagne.
L’instauration de cet organisme est dans l’intérêt espagnol. Pour sa stabilité et sa sécurité. Mais il témoigne également du sentiment de responsabilité de la communauté marocaine vis-à-vis de son pays d’origine et de son pays d’accueil.

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