Société

Zoom : Le mouroir des animaux à Aïn Sbaâ

Les mots peinent à décrire l’état du parc zoologique de Aïn Sbaâ. Les animaux y sont à l’agonie. Certains présentent un tel état de décrépitude qu’ils ressemblent à des charognes. Deux sangliers sont si bien enfoncés dans la terre qu’on les croirait morts. Il faut les regarder très attentivement pour s’apercevoir d’un petit mouvement au niveau du cœur. Des singes sont enfermés dans une cage ne dépassant guère les deux mètres de largeur. Ils tiennent dans un enclos doté de barreaux doublés d’un grillage. Ils vivent dans un état de quasi-obscurité. Ils ne peuvent pas se mouvoir et encore moins sautiller. Les singes qui sont mieux lotis souffrent, quant à eux, des persécutions des visiteurs. Armés de bâtons, certains enragent les babouins en raison de leurs postérieures roses. Aucun gardien n’intervient pour les en empêcher.
Lorsqu’on interroge Moulay Mehdi Alaoui, à la tête du parc zoologique de Aïn Sbaâ depuis 13 ans, sur le laxisme total en matière de protection des animaux, il répond que ses gardiens en sont souvent venus aux mains avec les visiteurs. « Nous nous sommes plusieurs fois retrouvés au commissariat, parce que nous avons essayé d’empêcher des visiteurs d’enrager les animaux ». La faute est donc à l’éducation ! Mais ce qu’on ne peut pas mettre sur le compte de cette éducation, c’est l’état des cages. Ce jour-là, un bébé babouin est sorti de la cage. Ce qui a amusé les visiteurs qui lui tendaient le bras pour qu’il vienne à eux. Qui est responsable des ouvertures dans les cages ?
On continue la promenade et l’on est surpris de constater un bassin, réservé aux canards, asséché. Les canards du parc d’Aïn Sbaâ ne peuvent même pas barboter dans l’eau. On atteint des crocodiles, et l’on a curieusement l’impression qu’ils se laissent décomposer. L’eau de leur bassin est si fangeuse, si sale, si compacte à force de tenir tellement d’éléments, que trois crocodiles préfèrent ne plus s’y jeter. La majorité des animaux ne bouge pas. La majorité des animaux est paralysée par l’étroitesse de l’espace. Deux ours se démènent en revanche. Ils tournent en rond dans une cage exiguë ! Ils n’arrêtent pas de tourner, cherchant dans la circularité l’espace dont les prive le zoo de Casablanca. À côté d’eux se trouvent des lions. Six lions répartis dans trois fosses. Tous les six ne se tiennent pas debout sur leurs pattes. Leurs pelages s’effritent lentement. Ils n’ont pas d’espace pour courir. Aucun espace pour bouger ! Ils sont condamnés à rester étendus dans une position de quasi-paralysie. Ils sont de surcroît amaigris. «Ici, on n’engraisse pas les animaux, on les entretient », nous dit le directeur du zoo.  On fait vite le tour du parc zoologique d’Aïn Sbaâ. Sa superficie s’étend seulement sur 2 hectares. Par-ci, par-là des amas d’ordures ajoutent à la décrépitude des animaux. Ils ne semblent pas déranger les visiteurs. Dans un endroit, en plein milieu du parc, une décharge publique! L’impression que laisse pourtant ce petit espace dure très longtemps. Son directeur, un ingénieur d’Etat en eaux et forêts, précise que la « seule contrainte est la petitesse de l’espace. Casablanca mérite un zoo d’au moins 30 hectares». Mais il défend l’état des animaux. «Nous défions quiconque de faire mieux que nous avec si peu d’espace !», s’écrie-t-il. Il précise que son zoo n’est pas à proprement parler un parc zoologique, puisqu’il est loin des normes internationales, mais que les animaux y sont mieux conservés qu’au zoo de Témara ! Le directeur semble très excité. Il doit pâtir de l’état de ses animaux. Personne ne sort indemne de la visite de ce zoo. Qu’en est-il alors de ceux qui y travaillent tous les jours ?
À l’entrée du zoo, une pancarte prévient les visiteurs : «  vivre, c’est aider les animaux ». Le sens de cette phrase demeure peu clair tant que les animaux n’ont pas été vus. Mais, il prend une acuité particulière après la promenade sinistre dans ce parc. On ne peut effectivement plus vivre tant qu’on n’a pas aidé les animaux du zoo de Aïn Sbaâ. Et pour les aider, il n’y a guère que trois possibilités : les transporter ailleurs, les libérer ou les achever.

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